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Accueil Territoires

Domaine La Joyeuse à Ancy-Dornot : 30 ans et un nouveau départ

Aziz MEBARKI Par Aziz MEBARKI
29 septembre 2026
in Territoires
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Arnaud Stapurewicz lors de l’inauguration du Domaine La Joyeuse à Ancy-Dornot

Arnaud Stapurewicz a présenté le nouveau chai et le projet qu’il entend développer autour du domaine familial. © A. Mébarki

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Trente ans après les premières plantations de Daniel Stapurewicz, le Domaine La Joyeuse change de mains, mais pas vraiment de cap. Depuis le 1er janvier, Arnaud Stapurewicz a repris les 3,5 hectares de l’exploitation familiale, pionnière du bio en Moselle. L’inauguration du nouveau chai, le 29 septembre à Ancy-Dornot, a officialisé ce passage de témoin. Un nouvel outil de travail, certes, mais surtout un lieu conçu pour recevoir, faire découvrir les vins et ouvrir encore davantage le domaine sur son territoire.

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Inauguration du nouveau chai du Domaine La Joyeuse à Ancy-Dornot
Le nouveau chai du Domaine La Joyeuse a été officiellement inauguré le 29 septembre 2026 à Ancy-Dornot. © A. Mébarki

Il y a d’abord cette source. Elle coule sur le clos de la Joyeuse, là où Daniel Stapurewicz planta ses premières vignes en 1996, avec cette phrase qui accompagne depuis la famille : elle « entre en paix et sort en joie ». Trente ans après, Arnaud Stapurewicz s’en amuse devant les invités réunis pour inaugurer le nouveau chai : il espère bien que tout le monde en ressortira, justement, « en joie ». Il y a du vent, un discours inhabituellement écrit – le vigneron le reconnaît lui-même – et derrière lui un bâtiment qui raconte plusieurs années de travail, de dossiers, de réflexion et quelques nuits raccourcies. Mais l’essentiel est ailleurs. Depuis le 1er janvier 2026, Arnaud a officiellement repris l’exploitation de son père. Le domaine fête sa trentième vendange et change de génération. Pour comprendre ce qui se joue là, il faut revenir à 1996. Le bio n’avait alors ni la visibilité ni la place qu’il occupe aujourd’hui dans les vignobles. Daniel Stapurewicz avait pourtant décidé de conduire ses vignes de cette manière dès leur plantation. Le choix surprenait. Ses poteaux d’acacia encore davantage. Les samedis étaient consacrés à fendre ces pièces de bois de 2,80 mètres destinées au palissage et, dans le village, certains plaisantaient sur les « menhirs » que Daniel était en train de planter sur le coteau. Trois décennies plus tard, les vignes sont toujours là. Les poteaux aussi. Et le fils peut sourire de ce qui passait alors pour une drôle d’idée : « La différence entre un fou et un précurseur, c’est parfois simplement quelques années de patience. » La plaisanterie laisse vite place à quelque chose de plus intime. Reprendre une exploitation familiale ne consiste pas à récupérer quelques hectares, du matériel et un stock de bouteilles. « Papa, tu m’as transmis bien plus que des vignes, du matériel et des bouteilles. Tu m’as transmis ton expérience, ton savoir-faire, ton exigence et ton caractère », lance Arnaud à Daniel. Pour le caractère, ajoute-t-il aussitôt, l’assistance pourra confirmer que la transmission s’est parfaitement déroulée. Le ton fait rire, mais le fils mesure ce qu’il reprend : trente années de travail et une identité déjà solidement installée. Pas question pour autant de mettre Daniel Stapurewicz hors-jeu. Arnaud le dit avec une autre boutade : « Un vigneron à la retraite, ça n’existe pas ! » Le papa restera donc dans les parages, prêt à dispenser un conseil, parfois avant qu’on le lui demande, parfois après que son fils a choisi de faire exactement l’inverse. La succession se joue aussi comme cela. Arnaud veut conserver l’identité familiale du domaine, son engagement biologique et son attachement au terroir mosellan. À lui désormais d’y ajouter ses idées. La Joyeuse reste une petite exploitation : 3,5 hectares. Petite sur le papier seulement, précise le vigneron, car au moment de tailler, palisser ou vendanger, la surface paraît déjà beaucoup plus vaste. Surtout, il n’est pas question de courir après les hectares. « Nous conservons volontairement une production limitée pour rester proches de nos clients, proches de nos vins et proches de vous. » Le nouveau chai ne prépare donc pas une course au volume. Il doit permettre néanmoins de travailler autrement et, surtout, d’ouvrir davantage les portes.

Un chai qui ne veut pas rester une cave

Une cuverie, des caves, un espace de dégustation et de vente directe : vu de l’extérieur, le bâtiment pourrait se résumer à un nouvel outil viticole. Arnaud Stapurewicz lui assigne une autre fonction. « Je veux surtout qu’il devienne un lieu de vie, un lieu de rencontre. » On doit pouvoir y découvrir le métier, visiter les installations, comprendre les vins de Moselle, goûter bien sûr, mais aussi prendre le temps de discuter. Le domaine ne veut plus seulement produire et vendre des bouteilles. Il avait déjà commencé à sortir de ce cadre. Jazz dans les vignes en est une illustration. Le théâtre en est une autre, particulièrement chère à Arnaud Stapurewicz. Cette année, La Joyeuse a même accueilli un concours de tir à l’arc 3D sur ses terres. Des univers assez éloignés de la cuverie, à première vue. Et c’est justement l’idée. Certains visiteurs viennent pour un concert, une pièce ou une manifestation sportive sans avoir prévu de pousser la porte d’un domaine viticole. Ils découvrent les lieux, les vins, ceux qui les produisent. Et parfois reviennent. « Finalement, le vin sert avant tout à créer du lien », résume Arnaud. Le nouveau bâtiment donne désormais davantage de moyens à cette ambition. L’ancienne implantation à Ars-sur-Moselle offrait des espaces de travail limités et peu adaptés à l’accueil du public. À Ancy-Dornot, près des vignes, le domaine dispose notamment d’une salle de dégustation et de vente directe. Le programme européen LEADER a accordé une aide de 35 450 euros pour cette partie du projet, qui représente près de 20 % de sa surface globale. Le chai doit désormais permettre de recevoir plus facilement des groupes et de répondre notamment aux demandes de voyagistes. Ce déplacement vers les vignes ne doit rien au hasard. L’ancien maire l’a rappelé lors de l’inauguration. Lors de l’élaboration du premier PLU après 2008, une partie du coteau avait été classée en zone agricole. À l’époque, le choix avait fait discuter, notamment avec le Parc naturel régional de Lorraine, favorable à un classement plus important en zone naturelle. L’élu avait une conviction : si l’on voulait développer la viticulture, les vignerons devaient pouvoir installer leurs chais au plus près de leurs terres. Daniel Stapurewicz, qui travaillait alors sur plusieurs sites, incarnait très concrètement cette difficulté. Le sujet n’a pas disparu. Un projet de « sentier des vignes », déjà largement préparé selon l’ancien maire, attend encore de pouvoir aboutir. L’idée est simple : donner à voir les coteaux eux-mêmes. Une route des vins peut traverser un territoire sans que l’automobiliste distingue réellement les parcelles qui font vivre l’appellation. Le sentier permettrait d’entrer dans le paysage. Pour la municipalité actuelle, l’enjeu va encore au-delà du vignoble. Le maire voit dans le nouveau chai un lieu capable de faire venir du monde, de créer de l’activité et d’éviter qu’une commune périurbaine ne se transforme progressivement en « village-dortoir ». Le travail engagé sur les coteaux doit donc se poursuivre avec les agriculteurs et les producteurs. Viticulture, arboriculture, safran et autres cultures y cohabitent ; reste une difficulté bien connue du monde agricole, celle de l’accès aux terres. La transmission de La Joyeuse prend ici une autre dimension. Elle intervient dans une profession où reprendre une exploitation est loin d’être une formalité. Ève Maurice, présidente de l’Organisme de défense et de gestion (ODG) de l’AOC Moselle, l’a rappelé sans enjoliver le tableau : investissements lourds, démarches administratives, urgence des saisons, aléas climatiques, diversification et difficulté à vivre de son travail. « Il faut de la résistance et de l’imagination. Il faut une grosse dose de ténacité pour s’engager dans cette aventure qu’est le métier de vigneron aujourd’hui. » Voir un fils reprendre les vignes de son père devient, dans ces conditions, une bonne nouvelle qui dépasse largement la famille Stapurewicz.

Remise de la marque Bienvenue à la ferme au Domaine La Joyeuse en Moselle
Stéphane Ermann, président de la Chambre d’agriculture de la Moselle, a remis officiellement à Arnaud Stapurewicz la marque Bienvenue à la ferme lors de l’inauguration du nouveau chai. © A. Mébarki

Le bio, trente ans après

À La Joyeuse, le mot « environnement » n’est pas arrivé avec les nouveaux labels. Le domaine est conduit en agriculture biologique depuis 1996. Mais plusieurs reconnaissances récentes viennent accompagner cette histoire. Lors de l’inauguration, Stéphane Ermann, président de la Chambre d’agriculture de la Moselle, a officiellement remis au domaine la marque Bienvenue à la ferme, développée en Moselle avec le label MOSL. Il en a profité pour rappeler que la viticulture est d’abord une activité agricole et que les exploitations ont aussi un rôle à jouer pour rapprocher le public d’un monde agricole dont il s’est progressivement éloigné. Jazz, théâtre, sport, dégustations : ce qui pourrait apparaître comme de la simple diversification devient alors un moyen de montrer ce qui se passe derrière une bouteille. Une exploitation agricole peut être un lieu où l’on vient comprendre un métier autant qu’acheter un produit. Pour de petites communes, elle reste aussi un acteur de la vie locale. Les coups de main, le matériel prêté lors des manifestations ou la présence des agriculteurs dans les associations ne se mesurent guère dans les statistiques économiques, mais participent au fonctionnement quotidien des villages. Depuis août, le domaine bénéficie également de la marque Valeurs Parc naturel régional. En 2026, le Parc naturel régional de Lorraine a étendu cette démarche à la viticulture. Dix domaines ont été labellisés, neuf conduits en agriculture biologique et un certifié HVE3. Le sujet est loin d’être marginal pour le Parc : avec 162 hectares et 24 viticulteurs, son territoire rassemble plus de 60 % du vignoble lorrain et près de la moitié des viticulteurs. Côtes de Toul, côtes de Moselle, côtes de Meuse : les vignobles font désormais partie intégrante de sa politique paysagère. Car un coteau ne se résume pas à ses rangs de vigne. Forêts sur les hauteurs, prairies, haies, arbres champêtres, vergers, murs de pierre sèche composent une mosaïque que le Parc entend préserver tout en accompagnant le développement viticole. Au Domaine La Joyeuse, ces éléments naturels représentent environ un quart de la surface. Les prairies qui bordent le ruisseau ont notamment été conservées pour protéger la qualité de l’eau et la population de salamandres qui y vit. Un nichoir à chouette effraie a également trouvé place dans le grenier du domaine. Reste à convaincre une locataire de s’y installer, plaisante Arnaud. La biodiversité rejoint ici directement l’histoire personnelle du nouveau vigneron. Enfant, il passait déjà une partie de ses mercredis dans des animations consacrées à la nature et le domaine constituait son terrain de jeu du week-end. La reprise ne gomme pas ce passé. Elle le transforme en choix professionnel. Le même raisonnement vaut pour l’accueil touristique. Le visiteur qui monte jusqu’au chai ne vient pas seulement acheter une bouteille. Il découvre un paysage, des coteaux, des pratiques agricoles et une exploitation située aux portes de l’agglomération messine. Le vin devient un moyen de raconter un territoire. Pour une structure de 3,5 hectares, cette vente directe et cette capacité à recevoir comptent aussi économiquement. Arnaud Stapurewicz tient toutefois à ne pas faire de cette réussite une histoire solitaire. Les collectivités, l’Europe, le Parc, la Chambre d’agriculture ou Moselle Attractivité ont accompagné le projet et le vignoble. Mais le vigneron parle tout autant de ceux qui donnent un coup de main, des amis, des voisins, des collègues ou des collaborations nouées avec d’autres producteurs. Des étiquettes ont, par exemple, été travaillées avec le lycée de la Communication. D’autres produits sont nés de rencontres locales. « Cette entraide locale ne figure pas dans le bilan comptable mais elle représente une vraie richesse. » Dans une exploitation familiale, la formule n’a rien d’accessoire.

Arnaud Stapurewicz et Patrick Weiten au Domaine La Joyeuse à Ancy-Dornot
Arnaud Stapurewicz aux côtés de Patrick Weiten, Président du Département de la Moselle, lors de l’inauguration du nouveau chai du Domaine La Joyeuse. © A. Mébarki

Rendez-vous pris pour 2028

Restait un dossier sur lequel Arnaud Stapurewicz attendait Patrick Weiten. Devant le Président du Département de la Moselle, présent ici dans le cadre de sa tournée des cantons, il a plaidé pour le retour de la Fête des vins de Moselle à Ancy-Dornot dès 2027. Le village est prêt, a-t-il assuré. Les associations aussi, les élus également, tout comme les vignerons. Et pour faire bonne mesure, il a assorti sa demande d’une promesse : si la fête revenait l’année suivante, il trouverait le moyen de faire réellement exister la fameuse Cuvée du Président ! La réponse est arrivée quelques minutes plus tard. Pas exactement celle espérée. Patrick Weiten a d’abord défendu le passage de la Fête des vins par Metz, fin mars 2025, que le vigneron avait gentiment tenté de sortir du décompte du secteur messin. L’étape avait notamment permis de faire goûter les vins de Moselle à de nombreux chefs réunis dans la capitale départementale. Le Président du Département a ensuite rappelé le principe de rotation géographique de la manifestation. Le prochain rendez-vous doit revenir à Sierck-les-Bains. Pour Ancy-Dornot, il faudrait attendre 2028. La déception a donc été de courte durée. Une date est désormais avancée, même si la commune qui accueillera précisément la manifestation devra encore être choisie. Ce petit échange dit surtout ce qu’est devenue la Fête des vins : un rendez-vous convoité, parce qu’il attire du public et offre une vitrine à l’AOC Moselle. Patrick Weiten a profité de l’inauguration pour revenir sur le chemin parcouru depuis l’obtention de l’AOC en 2011. À ses yeux, le vignoble mosellan a progressé en quantité, mais surtout en qualité, et les médailles obtenues régulièrement au Salon de l’agriculture nourrissent cette reconnaissance. Le Département en a fait un élément de sa politique d’attractivité, jusque dans les bouteilles offertes aux invités de passage tels que des grands chefs étoilés, à l’occasion de la cérémonie du Guide Michelin France 2025, crus mosellans que certains proposent depuis à leurs tables emblématiques…

L’eau, le prochain défi du vignoble

Un autre sujet s’est invité dans le chai, moins festif et beaucoup plus large : l’eau. Le Département prépare des Assises de l’agriculture, les premières depuis 2008, auxquelles la viticulture doit prendre toute sa part. Il travaille parallèlement à des Assises de l’eau. Après la sécheresse, Patrick Weiten estime que la gestion de la ressource doit être pensée à l’échelle mosellane. Il a notamment évoqué les volumes présents dans les anciens bassins miniers et la possibilité, à terme, de les acheminer vers les secteurs déficitaires, citant le Sud mosellan et les environs de Vic-sur-Seille. Le sujet ramène curieusement La Joyeuse à son point de départ. À une source. À un ruisseau. À ces prairies conservées sur ses berges et aux salamandres que le domaine veut continuer à y voir prospérer. Trente ans séparent les premières vignes bio de Daniel Stapurewicz de la reprise par son fils. Entre-temps, l’AOC Moselle est née, le vignoble a retrouvé une visibilité, l’œnotourisme s’est développé et le climat a imposé de nouvelles questions. Le nouveau chai est à l’image de cette évolution. Il faut toujours tailler, palisser, vendanger et vinifier. Mais il faut aussi accueillir, vendre directement, expliquer, organiser, remplir des dossiers, parler biodiversité et parfois faire monter sur scène des musiciens ou des comédiens. Le métier s’est élargi. À la fin des discours, Arnaud Stapurewicz avait encore une surprise pour Patrick Weiten. Dans un carton, six bouteilles. Parmi elles, cette fameuse Cuvée du président qui avait alimenté les clins d’œil pendant l’inauguration mais aussi celle du Pape Léon XIV qui vient de connaître un grand succès auprès de la clientèle. Puis le vigneron a ouvert son chai aux invités. À l’étage les attendaient les produits du domaine : vin, bière et nectar de mirabelle. Daniel n’était pas bien loin. Arnaud était chez lui. La transmission pouvait difficilement être plus concrète.

https://www.facebook.com/Domainelajoyeuse/?locale=fr_FR

Tags: agriculture biologiqueAncy-DornotAOC MoselleArnaud StapurewiczDaniel StapurewiczDomaine La JoyeuseFête des vins de MoselleœnotourismeParc naturel régional de LorrainePatrick WeitenVins de MoselleViticulture
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