Avec 525 kilomètres d’aménagements cyclables envisagés à l’horizon 2050, l’Euro-Métropole de Metz entend franchir une nouvelle étape dans le développement du vélo. Mais cette ambition s’accompagne de nouvelles règles dans le centre-ville messin. Dès le 1er novembre, il faudra mettre pied à terre dans trois rues très fréquentées et porter un casque pour circuler en trottinette électrique. Présentées vendredi 9 octobre par François Grosdidier, ces décisions cherchent à concilier deux exigences : encourager les déplacements à vélo et protéger les piétons.
À Metz, la petite reine gagne du terrain. Les pistes se multiplient, mais de nouvelles tensions apparaissent. Là où automobilistes et cyclistes se disputaient hier une partie de la chaussée, piétons et usagers des deux-roues doivent désormais apprendre à mieux cohabiter. François Grosdidier en a fait l’un des fils conducteurs de sa conférence de presse organisée ce vendredi matin. Le Maire et Président de l’Euro-Métropole de Metz a présenté la révision du schéma directeur cyclable et plusieurs mesures municipales destinées à sécuriser les déplacements. Deux volets d’une même politique : développer la pratique du vélo sans laisser les conflits d’usage s’installer dans l’espace public.
Le calendrier n’a rien d’anodin. Dès ce vendredi soir, une première réunion publique se tient au lycée Louis-Vincent, à Metz, avant cinq autres rencontres dans l’agglomération. Les habitants pourront découvrir les futurs itinéraires, faire part de leurs attentes et proposer des ajustements. « Nous lançons la concertation avant de l’adopter définitivement, en sachant que c’est toujours un document évolutif, comme tout document de planification », a expliqué François Grosdidier.
525 km de réseau cyclable pour relier les communes de la métropole
Adopté en 2020, le premier schéma directeur cyclable avait fixé un cap : tripler la part des déplacements effectués à vélo et doubler le linéaire des aménagements à l’horizon 2050. Sa révision conserve cette échéance, tout en relevant les ambitions. Le projet prévoit désormais 525 kilomètres de réseau aménagé, soit 150 kilomètres supplémentaires par rapport à la programmation précédente. Derrière ce chiffre se pose une question concrète : pourra-t-on rejoindre à vélo une commune voisine, un établissement scolaire, son travail ou le centre de Metz sans devoir interrompre son trajet au milieu d’un axe routier ? « À terme, l’idée, c’est que toutes les communes puissent bénéficier d’un maillage métropolitain, qu’elles puissent être connectées entre elles, mais également connectées à Metz », a résumé le Président de l’Euro-Métropole. Les centralités communales, les établissements d’enseignement et les quartiers prioritaires feront l’objet d’une attention particulière. Il s’agit autant de faciliter les trajets des cyclistes habituels que de convaincre ceux qui hésitent encore, faute d’un parcours suffisamment sûr.
Encore faut-il adapter les infrastructures à ces nouveaux usages. François Grosdidier privilégie les pistes bidirectionnelles lorsqu’elles sont techniquement réalisables. Mieux séparées de la circulation automobile, elles permettent aux cyclistes de se dépasser plus facilement. Le Président de l’Euro-Métropole a toutefois apporté une précision sur le calcul des kilomètres annoncés : les aménagements sont comptabilisés par sens de circulation. Une piste bidirectionnelle entre ainsi pour deux fois sa longueur physique dans le décompte. Cette méthode mérite d’être gardée à l’esprit pour apprécier les objectifs affichés. Pour les habitants, la qualité des intersections, la lisibilité des parcours et la séparation d’avec les voitures compteront au moins autant que le total présenté. Le schéma ne se limitera d’ailleurs pas aux pistes : équipements, services, formations et sensibilisation devront accompagner le développement du réseau.
Pour mesurer le chemin parcouru, François Grosdidier est revenu sur les progrès accomplis depuis le début de la décennie. Selon lui, le rythme annuel de création de pistes cyclables a été multiplié par trois durant le mandat précédent. Pour autant, il ne compte pas s’arrêter là. Le changement serait aussi politique. « Il y a six ans, on avait encore des Maires qui disaient : pourquoi autant d’investissements pour des équipements qui sont si peu fréquentés ? Aujourd’hui, tous les Maires sont demandeurs d’une poursuite et d’une accélération du plan vélo », a-t-il rapporté. Désormais, la discussion porterait moins sur l’utilité des investissements que sur leur calendrier et les liaisons à réaliser en priorité.
Cette évolution des mentalités s’appuie d’ailleurs sur une réalité mesurable : la fréquentation des itinéraires cyclables progresse. Le Maire fait état d’une hausse de plus de 25 % de la pratique du vélo entre 2024 et 2025, en attendant les chiffres de 2026. Il estime qu’un seuil a été franchi avec l’apparition de parcours continus et sécurisés : quand un trajet devient plus simple, certains automobilistes changent leurs habitudes. « Le vélo, avec la marche à pied, dont le rayon d’action est tout de même très limité, est le plus vertueux des modes de locomotion, avant même les transports en commun, même propres », a-t-il défendu. Dans cette perspective, la bicyclette ne doit plus être seulement associée aux loisirs, mais devenir une option crédible pour aller travailler, étudier ou faire ses courses.
Nouvelles restrictions dans le centre-ville

Seulement, cette progression ne va pas sans difficultés. Dans les secteurs les plus fréquentés du cœur historique, la coexistence entre promeneurs, clients des commerces, familles, personnes âgées, cyclistes et utilisateurs de trottinettes devient parfois délicate. François Grosdidier dit retrouver cette préoccupation dans les réunions de quartier, notamment à Grange-aux-Bois, où il s’était exprimé la veille. Selon lui, les demandes d’interdiction des vélos sur le plateau piétonnier se multiplient. Certaines villes ont choisi cette solution. Metz ne souhaite pas la généraliser. « Ce n’est pas le parti que nous prenons. Nous voulons vraiment informer, sensibiliser, éduquer au partage », a-t-il insisté. Le piéton reste prioritaire, mais cette règle doit s’accompagner d’attention réciproque : le cycliste ralentit et laisse passer, tandis que le promeneur peut faciliter son passage lorsque la situation le permet. La métropole compte poursuivre ses campagnes d’information et renforcer la signalétique. Dans les rues les plus chargées, cependant, elle juge désormais nécessaires des restrictions ciblées.
C’est dans ce contexte que, dès le 1er novembre 2026, les cyclistes devront mettre pied à terre rue Serpenoise, rue de la Fontaine et rue des Clercs, pour cette dernière uniquement entre la rue Poncelet et la rue du Palais. Ils pourront toujours traverser ces voies, mais en conduisant leur vélo à la main. L’obligation concernera aussi les vélos à assistance électrique, les trottinettes et les autres engins visés par les nouvelles dispositions. Des exceptions sont prévues, notamment pour les cycles des forces de l’ordre, certains agents de service, les professionnels utilisant un vélo cargo et les cycles transportant des personnes handicapées ou des enfants de moins de huit ans. Le non-respect de cette règle entraînera une amende forfaitaire de 35 euros.
Reste à comprendre pourquoi ces trois rues ont été retenues plutôt que l’ensemble du plateau piétonnier. François Grosdidier met en avant l’existence de voies parallèles moins encombrées pour traverser le centre du nord au sud. Il a notamment cité la rue aux Ours, la rue Dupont-des-Loges et la rue des Parmentiers. Plutôt que de slalomer entre les passants de la rue Serpenoise, les cyclistes en transit pourraient emprunter ces parcours. Le Maire a même évoqué la possibilité d’y autoriser une vitesse de 20 km/h, contre 10 km/h sur le plateau piétonnier, sous réserve d’aménagements adaptés. Il s’agit pour l’heure d’une orientation envisagée, distincte des interdictions annoncées pour le 1er novembre.
À titre d’exemple, l’élu a évoqué les agents municipaux domiciliés en Nouvelle Ville, amenés à traverser le centre pour rejoindre leur travail. Les itinéraires alternatifs leur offriraient un passage plus direct. François Grosdidier refuse toutefois les expressions d’« autoroutes à vélo » ou de « voies express », qu’il juge contraires à l’idée de partage de l’espace public. Quant aux traversées est-ouest, une organisation similaire lui paraît difficile : commerces, terrasses et configuration des lieux limitent les possibilités de report. Déplacer tous les cyclistes vers une seule rue risquerait alors de créer ailleurs les difficultés que la municipalité cherche à résoudre.
Casque obligatoire pour les trottinettes électriques à Metz
La municipalité entend également agir sur un autre terrain : la sécurité des utilisateurs d’engins de déplacement personnel motorisés. À partir du 1er novembre, le casque deviendra obligatoire, à toute heure, sur les voies publiques et privées ouvertes à la circulation publique de Metz pour les utilisateurs de trottinettes électriques, gyropodes, hoverboards, monoroues et autres engins concernés. Sont également visés les cyclomobiles légers, notamment certaines draisiennes électriques et trottinettes avec selle. L’obligation ne s’appliquera pas lorsqu’une personne pousse son engin à la main. En cas de manquement, l’amende forfaitaire sera de 35 euros.
Pour justifier cette décision, François Grosdidier s’appuie sur une accidentologie qu’il présente comme presque deux fois plus élevée pour les trottinettes que pour les vélos. Il n’a toutefois pas précisé, dans son intervention, la période ni l’indicateur retenus pour cette comparaison. La démarche se veut avant tout préventive : une chute peut entraîner des blessures graves lorsque la tête n’est pas protégée. Pour les vélos classiques et ceux à assistance électrique, en revanche, aucune obligation générale supplémentaire n’est annoncée. Le Maire entend continuer à recommander vivement le casque, sans l’imposer aux cyclistes adultes. Il souligne notamment les difficultés que poserait une telle mesure au vélo en libre-service : l’utilisateur occasionnel ne transporte pas nécessairement de casque, et celui-ci ne peut être loué avec chaque bicyclette. Il conseille néanmoins d’en garder un dans son sac lorsqu’on utilise régulièrement ce service.
La prévention ne se limite d’ailleurs pas au port d’un équipement de protection. Les contrôles municipaux concernent déjà les deux-roues débridés, capables d’atteindre des vitesses incompatibles avec leur catégorie. « Un VAE, c’est un VAE, ce n’est pas une moto déguisée », a lancé François Grosdidier. À travers cette formule, il entend rappeler les règles élémentaires de comportement : vitesse adaptée, attention aux piétons et respect des espaces partagés.
Ces décisions rappellent par ailleurs la répartition des compétences entre les deux collectivités. L’Euro-Métropole pilote la stratégie cyclable et les grandes infrastructures, tandis que les restrictions de circulation et les obligations de sécurité annoncées relèvent ici des pouvoirs de police du Maire. Elles s’appliqueront donc sur le territoire de Metz, sans être automatiquement étendues aux communes voisines. Pour les habitants qui franchissent chaque jour les limites communales, cette distinction devra être expliquée clairement. La municipalité compte ainsi associer information, prévention et contrôles lors de l’entrée en vigueur des nouvelles règles.
La passerelle Wadrineau et les liaisons à venir
Pour autant, les nouvelles restrictions ne doivent pas faire oublier les investissements engagés. François Grosdidier a notamment évoqué l’achèvement de la passerelle Wadrineau, appelée à améliorer les connexions avec le centre de Metz. Le Maire a également fait état d’un travail avec l’Université sur la réorganisation des mobilités dans l’île du Saulcy. Il souhaite une liaison cyclable directe depuis la passerelle jusqu’au centre-ville et envisage un autre franchissement vers le boulevard du Saulcy. La présence de la Moselle et de ses différents bras complique ces parcours : certains chaînons manquants nécessitent des ouvrages autrement plus lourds qu’une bande cyclable tracée sur la chaussée.
La concertation se poursuivra ensuite le 13 octobre à Amanvillers, le 15 octobre à Mécleuves, le 20 octobre à Chieulles, le 27 octobre à Cuvry et le 29 octobre à Longeville-lès-Metz. Toutes les réunions commenceront à 18h30. Les habitants pourront signaler les carrefours dangereux, les liaisons manquantes ou les difficultés d’accès aux établissements scolaires et aux commerces. Le stationnement des vélos et les services attendus pourront également alimenter les échanges. Les observations recueillies doivent contribuer à la révision du schéma avant son adoption définitive. Encore faudra-t-il traduire ces intentions dans les faits. François Grosdidier promet davantage de réalisations que durant le mandat précédent, mais leur mise en œuvre dépendra des investissements inscrits dans la programmation pluriannuelle, des contraintes propres à chaque commune et des raccordements possibles au réseau existant. À l’horizon 2050, l’enjeu ne sera donc pas seulement de totaliser des kilomètres. Il faudra que les habitants puissent véritablement compter sur leur vélo pour leurs déplacements ordinaires. C’est à cette condition que les ambitions affichées pourront se traduire par une alternative crédible à la voiture, sans sacrifier la sécurité ni la place des piétons dans l’espace public.






