Réunis ce lundi 22 juin à l’occasion de la 2e Réunion trimestrielle du Conseil départemental de la Moselle, les Conseillers ont adopté à une très large majorité une motion réaffirmant leur soutien à la réalisation du secteur nord de l’A31bis entre Richemont et la frontière luxembourgeoise. Derrière cette prise de position se dessine la volonté d’en finir avec plusieurs décennies d’attente autour d’un projet considéré comme essentiel pour l’avenir économique, résidentiel et transfrontalier du territoire.
Il est des dossiers qui traversent les générations d’élus sans jamais quitter les tables de travail. L’A31bis appartient à cette catégorie. Depuis plus de trente ans, le projet accompagne les débats sur l’avenir de la Moselle nord, au rythme des études, des concertations et des arbitrages successifs. Pendant ce temps, la circulation continue de se densifier sur l’autoroute existante, transformant chaque jour un peu plus l’axe lorrain nord-sud en symbole des difficultés de mobilité que connaît le territoire. Ce lundi 22 juin 2026, lors de la 2e Réunion trimestrielle du Conseil départemental, les élus ont choisi de réaffirmer sans ambiguïté leur position. La motion présentée par le Président Patrick Weiten a été adoptée à la majorité. Elle confirme le soutien du Département à la réalisation du secteur nord de l’A31bis et demande que le projet puisse désormais être engagé dans les meilleurs délais afin de répondre aux difficultés rencontrées quotidiennement par les habitants, les travailleurs frontaliers et les acteurs économiques mosellans. L’enjeu dépasse largement la seule question routière. À travers cette délibération, le Département entend rappeler que la Moselle occupe une place singulière au cœur des échanges européens. Chaque jour, quelque 130 000 travailleurs résidant en France rejoignent le Luxembourg pour y exercer leur activité professionnelle. Ce flux considérable constitue l’un des moteurs de la prospérité régionale, mais il exerce également une pression permanente sur des infrastructures conçues dans un contexte bien différent.
Un territoire confronté à la saturation
Au fil des années, les conséquences de cette saturation se sont multipliées. Embouteillages récurrents, allongement des trajets domicile-travail, reports de circulation sur les réseaux secondaires, difficultés d’accès aux zones d’activités ou encore dégradation du cadre de vie des riverains composent désormais le quotidien de nombreux habitants du nord mosellan. Pour le Département, le statu quo n’est plus envisageable. Les élus considèrent que l’absence d’aménagement adapté pénalise directement l’attractivité du territoire. Les entreprises sont confrontées à des contraintes croissantes de mobilité tandis que les collectivités peinent à accompagner le développement économique dans des conditions satisfaisantes. Toutefois, la collectivité insiste sur un point : l’A31bis ne constitue pas une réponse isolée. Depuis plusieurs années, elle défend une approche globale intégrant le développement du ferroviaire transfrontalier, le covoiturage, les parkings relais, les lignes de bus à haut niveau de service, les mobilités douces ou encore la réactivation de certaines liaisons ferroviaires vers le Luxembourg et l’Allemagne. Cette vision repose sur une conviction simple : les défis de mobilité qui caractérisent aujourd’hui la Grande Région ne pourront être relevés par un seul mode de transport. Ils exigent au contraire une complémentarité des solutions et une coopération durable entre les différents acteurs concernés.
Le fuseau F4 comme ligne d’équilibre
Les débats les plus sensibles ont toutefois porté sur le choix du tracé. Depuis l’ouverture des concertations consacrées au secteur nord, plusieurs scénarios ont été examinés. Tous ne répondaient pas avec la même efficacité aux attentes des territoires traversés. Progressivement, le Département a précisé sa préférence pour le fuseau F4 et sa traversée en tunnel profond. Une solution présentée comme celle qui permet le mieux de concilier les impératifs parfois contradictoires du développement économique, de la qualité de vie et de la protection de l’environnement. Les élus mettent notamment en avant la réduction des surfaces naturelles impactées, la préservation des zones humides, la limitation du morcellement des habitats écologiques ainsi que la traversée souterraine de Florange, destinée à réduire les nuisances pour les habitants. Cette orientation répond également à des considérations urbaines et territoriales. Le Département a constamment rejeté les variantes susceptibles d’accentuer les fractures existantes dans le Val de Fensch ou de détériorer davantage les conditions de vie des populations concernées. Le fuseau F4 apparaît ainsi comme le résultat d’un long processus de recherche d’équilibre. Les élus y voient un compromis capable de préserver la cohérence urbaine des communes traversées tout en maintenant une desserte efficace du bassin économique nord-mosellan.
Une décision tournée vers l’Europe
Au-delà des enjeux locaux, la motion adoptée le 22 juin rappelle le caractère profondément européen du dossier. L’A31 constitue l’un des principaux corridors de circulation du nord-est du continent. Elle relie les grands bassins économiques de la Grande Région tout en s’inscrivant dans un axe de circulation beaucoup plus vaste reliant les Pays-Bas à l’Italie. Dans cette perspective, la Moselle n’entend pas porter seule la responsabilité des réponses à apporter. Le Département défend une logique de coopération associant l’État français, le Luxembourg et l’ensemble des collectivités concernées par les flux transfrontaliers. Pour les élus, il s’agit désormais de passer du temps des études à celui des réalisations. La motion réaffirme ainsi l’avis favorable du Département à la construction du secteur nord de l’A31bis entre Richemont et la frontière luxembourgeoise, dans le cadre d’une infrastructure concédée et à péage. Elle souligne également que le choix du fuseau F4 constitue aujourd’hui le compromis territorial, humain et environnemental le plus abouti. Après des décennies de discussions, la question n’est plus de savoir si les difficultés de mobilité existent. Elles sont vécues quotidiennement par des milliers de Mosellans. Pour le Département, l’urgence consiste désormais à transformer un projet longuement débattu en une réalisation concrète. Une manière de refermer enfin l’un des chapitres les plus anciens de l’aménagement du territoire mosellan.
Si l’A31bis a concentré l’essentiel des débats, elle n’a constitué qu’une pièce d’un tableau plus vaste. Au fil de son discours devant l’assemblée départementale puis de sa conférence de presse, Patrick Weiten a esquissé une véritable feuille de route pour la Moselle, où se croisent enjeux démographiques, ambitions culturelles, mobilités du futur et réflexion sur la place du territoire dans le Grand Est et au-delà.
La bataille des habitants
Au moment où la Moselle s’interroge sur son avenir, Patrick Weiten a placé un sujet au-dessus de tous les autres lors de cette deuxième réunion trimestrielle du Conseil départemental : la démographie. Derrière les dossiers consacrés aux infrastructures, au logement ou à l’économie, le Président du Département voit en effet se dessiner un défi beaucoup plus profond, celui de l’attractivité du territoire. Les chiffres qu’il a présentés devant l’assemblée traduisent une préoccupation grandissante. Entre 2013 et 2023, la Moselle a perdu près de 8 000 habitants et les projections démographiques laissent entrevoir la poursuite de cette tendance dans les années à venir. « Selon les projections INSEE, nous pourrions tomber à 1 020 000 habitants d’ici 2030 si nous ne renforçons pas notre attractivité », a-t-il averti. Pour Patrick Weiten, cette évolution n’est pas une simple donnée statistique. Elle conditionne directement le maintien des services publics, l’activité économique, la vitalité des communes et même l’équilibre financier des collectivités. C’est pourquoi il rattache désormais l’ensemble de l’action départementale à un même objectif. « Notre objectif est simple : que les habitants continuent de choisir la Moselle pour y vivre, pour y travailler et pour y fonder une famille », a-t-il affirmé. Mobilité, logement, développement économique, tourisme ou culture sont ainsi appelés à converger vers une même ambition : rendre le territoire plus attractif et préparer son avenir démographique.
La Lorraine veut faire entendre sa voix
L’autre moment fort de la journée est intervenu lors de la conférence de presse qui a suivi la séance du matin. Interrogé sur les débats institutionnels qui traversent actuellement l’Alsace, Patrick Weiten a choisi d’élargir la réflexion à l’ensemble de la Lorraine. Jusqu’ici, le Président du Département s’était principalement exprimé au nom de la Moselle. Cette fois, il a clairement appelé les territoires lorrains à prendre part aux discussions qui pourraient s’ouvrir sur l’organisation future du Grand Est. « Il faut que la Lorraine s’exprime », a-t-il lancé. À ses yeux, rester silencieux reviendrait à accepter que d’autres décident demain à la place des Lorrains. « Ceux qui ne se seront pas exprimés n’auront pas droit au chapitre », a-t-il prévenu. Refusant toute opposition à l’Alsace ou à la Région Grand Est, Patrick Weiten insiste néanmoins sur la nécessité de défendre les intérêts du territoire. « Je ne m’exprime pas contre la région Grand Est. Je ne m’exprime pas contre l’Alsace. Je m’exprime pour la Moselle », a-t-il expliqué avant d’ajouter : « La Lorraine, oui, la Lorraine. » Derrière ces déclarations apparaît la volonté de replacer les territoires lorrains dans un débat institutionnel qui pourrait reprendre de l’ampleur à l’approche des échéances nationales de 2027.
Villa Mosellane : l’Académos de la culture

Parmi les annonces les plus inédites de cette deuxième réunion trimestrielle figure sans doute le projet de Villa Mosellane. Encore inconnu du grand public, cet équipement culturel pourrait voir le jour à Nilvange autour de l’actuelle médiathèque départementale et de son environnement immédiat. L’idée est née d’une réflexion engagée depuis plusieurs années sur l’avenir de la politique culturelle départementale. « C’est une réflexion que l’on mène depuis longtemps, depuis deux ou trois ans », a expliqué Patrick Weiten. L’objectif consiste à imaginer un lieu capable d’accompagner les mutations de la création contemporaine, du numérique et des nouvelles formes artistiques. « La question qui nous taraude l’esprit depuis un certain temps, c’est comment imaginer la culture de demain », a-t-il résumé. Résidences d’artistes, théâtre immersif, créations numériques, recherche culturelle ou encore coopérations transfrontalières pourraient trouver leur place dans ce futur équipement. Le choix de Nilvange s’appuie sur un site existant dont la vocation est appelée à évoluer. « C’est l’ensemble du lieu qui est intéressant. Le cadre est juste magnifique », a souligné Patrick Weiten en évoquant la médiathèque et les bâtiments voisins. Pour le Président du Département, la Villa Mosellane pourrait devenir pour la culture ce qu’Académos est devenu pour le sport : un outil de rayonnement départemental reconnu bien au-delà des frontières mosellanes. Il n’a d’ailleurs pas hésité à résumer le projet en une formule appelée peut-être à faire date : « C’est l’Académos de la culture. »
Lorraine Airport : Patrick Weiten hausse le ton

S’il est un dossier sur lequel Patrick Weiten a laissé transparaître son irritation, c’est bien celui de Lorraine Airport. La décision de confier à la Chambre régionale des comptes une réflexion sur l’avenir de la plateforme aéroportuaire a suscité une réaction particulièrement vive du Président du Département. Pour lui, l’aéroport ne peut être évalué à travers la seule lecture de ses résultats financiers. « L’avenir de l’aéroport Metz-Nancy-Lorraine mérite mieux qu’une approche purement comptable », a-t-il estimé. Patrick Weiten considère l’infrastructure comme un outil de développement territorial et un symbole de rayonnement pour l’ensemble de la Lorraine. « Un aéroport n’est pas seulement un équipement de transport. C’est un outil et un symbole de l’aménagement du territoire », a-t-il rappelé. Observant le dynamisme de l’aéroport luxembourgeois et la concurrence accrue entre les territoires européens, il estime qu’une fermeture constituerait un très mauvais signal. Son jugement est sans appel : « Pour moi, ce serait un échec cuisant pour le territoire. » Au-delà de l’aéroport lui-même, Patrick Weiten défend ici une certaine idée de l’attractivité territoriale, convaincu que les infrastructures structurantes demeurent un facteur essentiel de compétitivité.
Eau et hydrogène blanc : préparer les ressources de demain
Au détour des échanges avec la presse, Patrick Weiten a également esquissé les contours des grands combats qu’il entend mener au cours des prochaines années. Parmi eux figurent en bonne place la gestion de la ressource en eau et le développement de l’hydrogène blanc. Deux sujets encore peu médiatisés mais que le Président du Département considère comme stratégiques pour l’avenir. « Vous allez entendre parler d’eau et d’hydrogène blanc encore longtemps», a-t-il prévenu. Face aux épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents et aux interrogations croissantes sur l’approvisionnement énergétique, il estime que les collectivités doivent anticiper les mutations à venir. « La question de l’eau est fondamentalement posée aujourd’hui. Elle sera encore plus posée demain qu’aujourd’hui », a-t-il déclaré. Quant à l’hydrogène blanc, dont plusieurs indices de présence naturelle ont été identifiés dans l’ancien bassin minier mosellan, du côté de Folschviller, il y voit une opportunité susceptible de transformer durablement le paysage énergétique régional. Une conviction qu’il revendique avec franchise : « C’est de l’obstination et de l’entêtement », a-t-il reconnu avec le sourire. Car derrière ces dossiers émergents se dessine déjà la volonté de positionner la Moselle sur les grands enjeux industriels, environnementaux et énergétiques des prochaines décennies.






