Climat, finances, sécurité, mobilités, logement, santé : François Grosdidier a dressé, hier matin, les priorités de Metz et de l’Euro-Métropole dans un contexte qu’il juge profondément incertain. Une rentrée placée sous le signe du « nécessaire », avant un rendez-vous hors norme : la venue de Léon XIV, le 28 septembre, qui offrira, selon le Maire, « un coup de projecteur extraordinaire sur Metz ».
Une rentrée sous contraintes
François Grosdidier n’a guère cherché à enjoliver le décor. À quelques mois de l’élection présidentielle, le Maire de Metz a décrit un cadre national « complètement instable », marqué par une « incertitude totale sur le contexte de notre action et sur les moyens pour agir ». Deux défis dominent : le climat et l’environnement, d’une part ; « l’harmonie de notre société, la concorde, le vivre ensemble », d’autre part. Encore faut-il disposer des moyens d’agir. Or, « à l’échelle de la métropole, on perd quasiment un dixième de nos recettes de fonctionnement », a chiffré François Grosdidier. À cette contrainte budgétaire s’ajoutent les « injonctions contradictoires » de l’État et un empilement de règles qui, selon lui, ralentit considérablement l’action publique. « Ce qui prenait un an ou deux ans il y a vingt ans prend tout un mandat aujourd’hui. Ce qui nécessitait trois intervenants il y a dix ans nécessite vingt intervenants ! » La rénovation de l’Opéra-Théâtre, passée de 24 à 34 millions d’euros, en serait une illustration. Pour autant, a-t-il assuré, « on ne baisse pas les bras ».
Adapter Metz aux étés de demain
L’été caniculaire a renforcé l’urgence environnementale. Plutôt que de multiplier les équipements de prestige, François Grosdidier veut concentrer les investissements sur l’adaptation de la ville au dérèglement climatique. Le Plan climat-air-énergie territorial fixe notamment l’objectif d’une réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2030, puis de 83 % à l’horizon 2050. À Metz, le mot d’ordre reste : « Végétaliser, végétaliser, végétaliser. »Depuis 2020, le budget de plantation a doublé et le nombre d’arbres mis en terre a été multiplié par dix. Désormais, le choix des essences évolue également. « On végétalise avec des plantes aujourd’hui qui exigent moins d’eau », a expliqué le Maire : « On ne va pas mettre des hêtres. On va mettre du chêne vert. » Parallèlement, les écoles construites dans les années 1960 et 1970, souvent très vitrées, sont devenues prioritaires. François Grosdidier les qualifie de « pires bâtiments thermiques ». Aux rénovations et à la végétalisation des cours s’ajoutera une réponse immédiate : « Cette année, la priorité, c’est d’équiper absolument toutes les salles de classe de ventilateurs. » Des espaces climatisés pourront néanmoins être envisagés pour la petite enfance, sans généraliser un dispositif énergivore.
« Il n’y a pas de paix civile sans sécurité »
Le second défi, celui de la concorde, conduit directement François Grosdidier à la sécurité. « La première responsabilité d’un maire […] c’est de bâtir de la concorde entre les citoyens », a-t-il affirmé, avant d’ajouter : « Il n’y a pas de paix civile sans sécurité effective et sans sentiment de sécurité. » Les effectifs de la police municipale ont progressé de 25 % durant le mandat tandis que les interventions ont doublé. Deux tiers seraient désormais déclenchées grâce à la vidéoprotection. Le Centre de Supervision Urbain, devenu métropolitain, compte déjà sept communes raccordées. À Metz, le déploiement se poursuivra à raison « d’une bonne centaine » de caméras supplémentaires. Toutefois, la cohésion passe aussi par l’école. Metz maintient ainsi, pour la deuxième année, la gratuité des fournitures scolaires, à la fois mesure d’égalité des chances et soutien au pouvoir d’achat. Même volontarisme en matière de santé : la collectivité poursuit le maillage des quartiers en maisons pluriprofessionnelles et travaille avec l’Université de Lorraine et le CHR Metz-Thionville sur la formation et l’accueil des futurs médecins. À moyen terme, François Grosdidier souhaite obtenir à Metz un premier cycle complet de médecine.
Une nouvelle piscine et déjà une autre en projet
Dans le sport aussi, le Maire revendique le retour aux besoins essentiels. La nouvelle piscine métropolitaine de Woippy sera inaugurée fin novembre, tandis qu’un autre équipement pourrait être engagé dans le sud du territoire. Une ambition justifiée par un constat : « Vous avez un collégien sur deux qui ne sait pas nager. » L’offre aquatique reste en effet insuffisante hors de Metz, certains enfants devant se rendre à Boulay ou Pont-à-Mousson pour apprendre la natation. Au-delà du sport, François Grosdidier y voit un enjeu de sécurité et même d’intégration sociale : « Apprendre à nager, c’est basique. C’est bien qu’une métropole fasse des choses extraordinaires, mais qu’elle commence à apprendre à ses enfants à nager, ça me semble quand même absolument fondamental. »
METTIS, hydrogène et vélo
En matière de mobilités, François Grosdidier a établi sa hiérarchie : « La marche à pied et le vélo sont plus vertueux que le transport en commun, qui lui-même est plus vertueux que la voiture particulière. » Fin novembre, l’Euro-Métropole doit disposer de 26 véhicules à hydrogène. À l’horizon 2035, elle vise 133 véhicules à faibles émissions, dont 34 à hydrogène et 99 électriques. La future ligne C du METTIS devra, quant à elle, convaincre les habitants de Montigny-lès-Metz, Marly et du sud messin de délaisser davantage leur voiture. En parallèle, le vélo progresse fortement : +20 % entre 2023 et 2024, puis +25 % entre 2024 et 2025 selon les 23 compteurs installés. « C’est l’offre qui a fait la demande », en conclut le président de l’EuroMétropole, qui proposera d’accélérer encore le plan vélo. La passerelle Watrineau, attendue en avril 2027, doit notamment désenclaver l’île du Saulcy.
Le logement, « un énorme souci »
Autre inquiétude : le logement. « On m’en parle peu, c’est pour moi un énorme souci », a confié François Grosdidier. Les demandes de logements sociaux ont doublé en trois ans, notamment parce que le parc privé est devenu inaccessible à une partie croissante de la population. Dans le centre-ville, certains T2 attireraient désormais des candidats « par centaines ». Outre la construction, la rénovation et la remise sur le marché de logements existants, le vieillissement démographique impose de nouvelles réponses. Le Maire souhaite notamment développer des résidences pour seniors autonomes, associant logements adaptés, espaces partagés et présence humaine : « Au moins une résidence senior par quartier, comme nous aurons une maison médicale par quartier. »
Luxembourg : le ferroviaire prend du retard
Vers le Luxembourg, François Grosdidier a réaffirmé son soutien à l’A31 bis tout en s’inquiétant du retard ferroviaire. Le passage de 9 000 à 13 000 places quotidiennes, attendu selon lui dès 2022-2023, n’interviendra que cette année ou au début de la prochaine. Quant à l’objectif de 22 000 places, il s’éloigne. Le Maire a surtout insisté sur le partage des financements : « La Région a acheté pour 120 millions d’euros de matériel roulant, a assuré pour 59 millions d’euros de travaux […], l’État luxembourgeois 58 millions et l’État français 4 millions. » La prochaine étape représenterait désormais quelque 560 millions d’euros, selon son estimation, alors que 100 millions seulement sont inscrits au contrat de plan État-Région. François Grosdidier ne croit donc plus à l’échéance de 2030 et redoute un report à 2035, alors que le nombre de frontaliers continuera d’augmenter.
Metz veut conforter son attractivité
Malgré ce contexte, François Grosdidier refuse le récit d’un centre-ville en déclin. « Il n’y a jamais eu autant de monde depuis des décennies dans les rues de Metz », a-t-il assuré. Rue Serpenoise, la vacance commerciale serait passée de 32 % en 2021 à 20 % aujourd’hui et pourrait tomber à 12 % après les prochaines ouvertures. Les premiers résultats touristiques, notamment hôteliers, sont également jugés encourageants. Culture et gastronomie doivent soutenir cette dynamique : ouverture prochaine de L’Oiseau de Lorraine, projet de restaurant gastronomique dans la Maison de l’Éclusier, fréquentation du musée de la Cour d’Or en hausse de 27 % depuis l’ouverture du pavillon de la biodiversité et réouverture de l’Opéra-Théâtre attendue à la mi-2027.
Parking de la cathédrale : quatre ans au minimum
Une difficulté pèse néanmoins sur l’hypercentre : la fermeture du parking de la cathédrale. Les premières estimations font état d’« au minimum quatre ans et 6 millions d’euros » de travaux, en raison notamment de la corrosion des armatures du béton. Reste également à déterminer les responsabilités entre concédant et concessionnaire. Pour François Grosdidier, l’urgence est économique : « Le centre-ville ne peut pas se passer de ce stationnement. » Tout en poursuivant le développement des mobilités douces, il refuse donc d’écarter les automobilistes sans alternative. Le stationnement place d’Armes est ainsi autorisé le samedi matin. À terme, un parking public moins cher que ceux de l’hypercentre doit également voir le jour au Pontiffroy.
Léon XIV : Metz sous les regards du monde
C’est pourtant autour de cette même cathédrale que Metz vivra, le 28 septembre, le rendez-vous majeur de sa rentrée. Après les Fêtes de la Mirabelle et les Terres de Jim, la ville accueillera Léon XIV. « La visite du pape, c’est un événement mondial », a insisté François Grosdidier. Selon lui, le choix de Metz dépasse largement la dimension religieuse. Le souverain pontife vient parler « de paix et de concorde universelle » dans une ville marquée par les conflits franco-allemands puis par la réconciliation. « Nos grands-parents ont vécu des guerres à chaque génération avec les Allemands et aujourd’hui les Allemands sont nos meilleurs amis. C’est cet exemple qu’il veut donner au monde. »
Un impact médiatique « qu’on ne pourrait pas acheter »
À cette portée symbolique s’ajoute une formidable exposition pour Metz. François Grosdidier l’assume : « C’est un événement mondial, très riche de sens et qui, en plus, de façon plus opportuniste comme Maire de Metz, donne un coup de projecteur extraordinaire sur Metz. » Aux critiques sur les 250 000 à 300 000 euros évoqués pour l’organisation, il oppose l’impact médiatique attendu : « Je mettrais 30 millions de dépenses de communication qu’on n’aurait pas le dixième de l’impact mondial que va avoir cette opération. » Avant de lancer : « Il faut être aveugle ou de particulière mauvaise foi pour ne pas s’en apercevoir. » Les préparatifs restent toutefois complexes. « C’est un événement auquel je travaille depuis des semaines, même des mois », a révélé le Maire, alors que les modalités doivent encore se préciser.
Présidentielle : aucun ralliement pour l’heure
La politique nationale s’est également invitée dans les questions. Interrogé sur son éventuelle implication dans la présidentielle, François Grosdidier a revendiqué sa liberté : « Je n’ai plus aucune carte de parti politique […] j’ai besoin de mains libres. » Il souhaite surtout ne pas devoir choisir « entre l’extrême droite et l’extrême gauche ». S’il estime qu’il existe « au centre gauche, au centre droit, beaucoup d’hommes de qualité », aucun ne suscite pour l’heure son adhésion. Il a néanmoins cité Édouard Philippe, sans « adhésion enthousiaste », et Bruno Retailleau, qu’il présente comme « le meilleur ministre de l’Intérieur connu ces dernières années », mais qu’il ne juge pas en position de rassembler. Au-delà des personnes, François Grosdidier attend surtout des réponses sur l’organisation de l’État. L’ancien gaulliste critique une France trop centralisée et une technocratie qui dilue, selon lui, les responsabilités. Au point de se dire désormais « presque pour un État fédéral en France ». Il rêve d’une République où les compétences seraient clairement identifiées : « Le citoyen se retrouve, il sait qui engueuler quand ça va pas, il sait à qui demander. »S’il rencontre certains candidats, aucun ralliement n’est donc arrêté : « Pour l’instant je n’entends pas m’arranger comme un petit soldat derrière l’un ou l’autre. Si à un moment je peux prendre ma responsabilité, je la prendrai. »
Des oppositions passées au crible
Enfin, revenu à la politique locale, François Grosdidier a livré sa conception de l’opposition. Lui-même ancien opposant, il a rappelé qu’elle était « légitime, nécessaire en démocratie », tout en distinguant critique constructive et opposition systématique. Le Maire a cité Xavier Bouvet et Bertrand Mertz, ancien maire de Thionville, comme exemples d’une opposition qu’il juge constructive. À l’inverse, il s’en est pris à Jérémy Roques, qualifiant sans ambage de « stupide » une opposition qu’il considère systématique. Il a également visé le nouveau candidat du Rassemblement national, dont il décrit l’approche comme « systématique, violente, brutale et très idéologique ». Pour autant, François Grosdidier reconnaît avoir besoin de contradicteurs : « Une opposition qui est critique, c’est légitime, je dirais même qu’elle est indispensable parce que si on n’a pas d’opposition, on s’assoupit. » Dès la semaine prochaine, il reprendra parallèlement ses réunions dans les quartiers. Une manière de revenir au terrain et de résumer sa conception du mandat : « On ne peut pas être un bon Maire, on ne peut pas être un bon élu si on n’a pas d’opposition et qu’on n’a pas de contact avec les gens. »






