Au Salon international de l’agriculture 2026, la Moselle n’est pas venue les mains vides. En dévoilant l’affiche officielle de Terres de Jim, organisée du 11 au 13 septembre à Metz, le département a surtout exposé la solidité de son socle agricole : 2 124 exploitations, 323 000 hectares de surface agricole utile, 226 000 bovins, 78 hectares de vignes AOC et six médailles nationales pour ses vins. Derrière la vitrine, une stratégie affirmée et des choix politiques assumés.
Sur le stand du Grand Est, la journée mosellane s’est ouverte sous le signe de l’affirmation d’une identité forte. Patrick Weiten, Président du Département de la Moselle, a replacé l’agriculture au cœur du récit territorial : « Le savoir-faire originel de tout territoire, c’est d’abord l’agriculture. » Avant de préciser le rôle structurant de la profession : « L’agriculture aménage, anime et développe notre territoire. » Et les chiffres appuient le propos. La Moselle compte 1,05 million d’habitants répartis dans 725 communes. Son emprise agricole demeure massive avec 323 000 hectares de surface agricole utile, auxquels s’ajoutent 202 000 hectares de forêts (32 % du département). Les surfaces en herbe représentent 12,2 % du territoire, tandis que l’eau en couvre 1,3 %. En parallèle, 69 000 hectares ont été artificialisés, signe des tensions foncières qui traversent l’espace rural.
Un élevage structurant, un renouvellement à préparer
Dans ce paysage, l’élevage demeure central. Le département recense 226 000 bovins, 45 414 ovins et 114 000 poulets Label Rouge produits chaque année. Au total, la Moselle compte 2 124 exploitations agricoles, dont 485 en vente directe, soit 17 % du total.
Mais derrière ces volumes, la réalité démographique interpelle : 59 % des agriculteurs ont plus de 46 ans. La question de la transmission s’impose. Patrick Weiten l’a souligné devant les Jeunes Agriculteurs : « Nous sommes fiers de nos JA en Moselle. Quel dynamisme, quelle jeunesse ! » Puis il a insisté sur l’enjeu générationnel car « On ne peut pas parler d’installation sans les jeunes. » Sans oublier que, dans le même temps, la féminisation progresse : 30 % des salariés agricoles sont des femmes, un signe d’évolution du modèle.

Terres de Jim, vitrine européenne et pari collectif
C’est dans ce contexte que la Moselle accueillera, du 11 au 13 septembre 2026 à Metz, Terres de Jim, la plus grande fête agricole européenne en plein air. L’événement, porté par les Jeunes Agriculteurs, doit attirer des dizaines de milliers de visiteurs et des délégations européennes. Patrick Weiten a justifié le choix du territoire : « La Moselle a été choisie pour une seule raison : sa capacité à organiser, à accueillir et à développer. » L’événement représente, selon lui, une opportunité stratégique : « C’est donner un rayonnement au Grand Est. » Le Département a voté son soutien financier et logistique à la manifestation. « Lorsque vous m’avez sollicité, immédiatement j’ai dit : nous y allons », a précisé Patrick Weiten. Quentin Le Guillou, le secrétaire général des JA de France a d’ailleurs confirmé que « les projecteurs vont être orientés plein pot sur la Moselle ».
Assises de l’agriculture : un cap à horizon 2035
Au-delà de l’événementiel, la Moselle a engagé un travail de fond avec les Assises départementales de l’agriculture, dix-huit ans après les précédentes. Patrick Weiten a évoqué « un vrai travail à faire » pour définir collectivement l’avenir agricole du territoire. Les axes sont connus : diversification, adaptation climatique, circuits courts, bio et carbone. La transition est déjà engagée : la Moselle compte 330 fermes en agriculture biologique, soit 11,5 % des exploitations, ainsi que 5 magasins de producteurs. Patrick Weiten a insisté sur la nécessité de protéger le modèle local dans un contexte international tendu : « Il est impensable de laisser entrer sur le territoire européen des produits que nous n’accepterions pas qu’ils soient produits par l’agriculture de nos territoires », a-t-il déclaré, en référence aux débats sur le Mercosur.
Stéphane Ermann, pour sa première prise de parole au Salon en tant que président de la Chambre d’agriculture de la Moselle, a cadré la feuille de route : « Il faut qu’on améliore les revenus dans les exploitations, ramener de la valeur ajoutée, ramener de la résilience. » Mais au-delà des chiffres, le président de la Chambre d’agriculture a aussi insisté sur la bataille de l’image : « C’est reprendre la main sur cette communication qui nous a trop longtemps échappé… C’est fini désormais, il faut que nous reprenions le relais. »
Sur le plan institutionnel, Pascal Bolot, Préfet de la Moselle, a assuré l’accompagnement de l’État, notamment sur les questions de sécurité et de simplification administrative. Il a rappelé que « les services de l’État ne sont pas là pour vous entraver, ils sont là pour vous encourager », insistant sur le paiement à temps des aides européennes et la volonté de « libérer les énergies » pour favoriser l’installation.

Vins de Moselle : une reconnaissance confirmée
La viticulture illustre la montée en gamme mosellane. L’AOC Moselle, obtenue en 2011, s’étend aujourd’hui sur 78 hectares de vignes en production, répartis entre 23 domaines viticoles, pour 2 040 hectolitres produits en 2024. Cette année au Concours Général de Vins du SIA 2026, la filière a décroché six médailles : deux médailles d’or – Château de Vaux (Pinot Noir 2024) et le Domaine Oury-Schreiber (Pinot Gris) – et quatre médailles d’argent (Le Domaine Maujard-Weinsberg, le Château de Vaux, le Domaine Oury-Schreiber et le Domaine des Béliers). Patrick Weiten a salué ce résultat : « Qui aurait imaginé en 2011, lorsque l’AOC s’est installée en Moselle, que les vins de Moselle feraient partie des grands vins de France ? » Il a ajouté : « Avec six médailles, dont deux d’or, on touche au firmament de la viticulture française. » Ève Maurice, présidente de l’AOC Moselle, a estimé que la filière « se sent vraiment soutenue » et entend participer activement aux Assises pour renforcer son développement.
Le label Qualité Moselle, véritable colonne vertébrale territoriale
Cette dynamique s’inscrit dans un dispositif plus large : le label Qualité Moselle. Celui-ci fédère 600 agréés, dont 184 producteurs agricoles, 228 artisans, 81 restaurateurs, 40 sites touristiques et 50 établissements d’hébergement, pour près de 5 000 produits labellisés. Le Président Weiten y voit un levier d’attractivité structurant : « C’est la démonstration que le label Qualité Moselle fonctionne. » s’agissant pour lui ici de conjuguer identité territoriale, exigence qualitative et développement économique.
En définitive, la Moselle agricole ne s’est pas contentée d’une opération de communication parisienne. En affichant ses chiffres, en revendiquant ses réussites et en assumant ses choix, elle a présenté une trajectoire. Entre élevage structurant, viticulture reconnue, transition biologique et mobilisation de la jeunesse, le Département entend préparer l’avenir. Terres de Jim 2026 en sera la vitrine festive. Mais derrière l’événement, c’est bien une stratégie agricole de long terme qui s’affirme, politiquement portée et publiquement clairement défendue.






