À Metz, les Frigos rouvrent bientôt leurs portes pour une sixième saison qui s’annonce aussi foisonnante que fragile. Derrière l’image festive d’une guinguette culturelle, le lieu s’impose comme un espace singulier où se croisent économie sociale et solidaire, création artistique et engagement citoyen. Du mercredi 6 mai jusqu’au dimanche 6 septembre 2026.
Au printemps, Metz retrouve un rythme particulier. Dès le début du mois de mai, un site discret, adossé à un ancien ouvrage militaire, s’anime à nouveau. Musique, spectacles, rencontres : les Frigos reprennent vie. Pourtant, rien ici n’est automatique. L’équilibre reste précaire, suspendu à la météo, à la fréquentation, à l’engagement des équipes comme du public. Dès la présentation de cette sixième saison, le ton est donné. Rachel Burgy, présidente de l’association Deracinemoa, rappelle l’origine du projet et son ambition initiale : « C’était vraiment un objectif de remettre au centre ce qui était écrit dans le projet initial de ce lieu (…) de mettre l’économie sociale et solidaire au cœur de ce projet. » Ainsi, les Frigos ne se veulent pas uniquement festifs. Ils revendiquent une fonction plus large, presque politique : offrir un espace de culture accessible, gratuit, et profondément ancré dans le territoire.
Un lieu pour relier
Très vite, une idée s’impose : rassembler. Le site, situé à la lisière de plusieurs quartiers aux réalités contrastées, devient un point de rencontre. Laurent-Guillaume Dehlinger, directeur artistique, insiste sur cette dimension : « Nous avons été choisis pour porter un projet qui avait comme première couleur de rassembler (…) parler à toute la population d’un territoire. » Entre Bellecroix, Outre-Seille et le centre-ville, les Frigos occupent une position charnière. Une situation qui oblige à inventer des formes nouvelles de cohabitation. Rien n’est acquis. « Ce n’est pas facile tous les jours », reconnaît-il, évoquant la difficulté à faire venir tous les publics, notamment ceux des quartiers prioritaires. Pour autant, la volonté demeure. Elle se traduit par une programmation éclectique, mêlant concerts, spectacles, marchés, initiatives associatives. En cinq éditions, plus d’un millier d’événements ont été proposés.
Une économie sous tension
Derrière cette vitalité, un modèle économique singulier. Ici, pas de subventions directes pour faire vivre la programmation. Le financement repose sur les consommations des visiteurs. Rachel Burgy en souligne à la fois la force et la fragilité : « Ça s’autofinance (…) c’est un modèle hyper vertueux. (…) Mais c’est un modèle très fragile. » Le constat est partagé par la direction artistique. Le lieu dépend du temps qu’il fait, de l’affluence, de la fidélité du public. Un été pluvieux peut suffire à déséquilibrer l’ensemble. Pour autant, l’impact est bien réel. Laurent-Guillaume Dehlinger rappelle l’ampleur du dispositif : « Les Frigos, c’est à peu près 50 professionnels qui travaillent un vendredi soir (…) pour accueillir en moyenne 4000 personnes sur un week-end. » À cela s’ajoute une dynamique d’emploi non négligeable, avec des centaines de salariés mobilisés au fil des saisons.
Une programmation en mouvement
Chaque semaine, le site suit un rythme désormais bien établi. Le mercredi, les enfants prennent place avec des spectacles dédiés. Le jeudi met en lumière les initiatives locales. Le week-end, la fête s’installe, entre concerts et DJ sets. Le dimanche, enfin, ralentit avec marchés et danses. Mais au-delà de cette structure, c’est l’esprit du lieu qui domine. Une programmation pensée comme un écosystème. « On essaie d’animer tous les moments de l’été », souligne Rachel Burgy, évoquant une diversité d’arts et de formats, du théâtre à la musique, en passant par l’artisanat. Cette diversité s’accompagne d’une volonté d’ouverture. Associations locales, artistes émergents, collectifs : tous trouvent leur place dans ce dispositif en constante évolution.
Un laboratoire écologique et social

Les Frigos ne se limitent pas à leur programmation visible. Ils se construisent aussi dans l’ombre, à travers des actions moins spectaculaires mais essentielles. La démarche environnementale en est un exemple. Laurent-Guillaume Dehlinger évoque un objectif ambitieux : « Être un lieu pilote zéro déchet. » Tri, réduction des déchets, nouvelles installations : chaque saison apporte son lot d’améliorations. Dans le même esprit, Maryse Renker, coordinatrice, insiste sur l’importance de l’engagement collectif : « C’est une problématique collective, il faut qu’on s’en empare tous.» À cela s’ajoute un projet plus discret, mais structurant : celui des Jardins perchés. Sur le toit, un espace de permaculture se développe, mêlant production, pédagogie et écologie.
L’invisible des Frigos
Ce que le public voit ne représente qu’une partie du projet. Derrière les scènes et les terrasses, une autre réalité s’organise. Maryse Renker le souligne clairement : « Il y a aussi tout ce que vous ne verrez pas. » Les Frigos accueillent ainsi de nombreux événements hors programmation classique. Journées solidaires, rencontres associatives, initiatives sociales : autant d’actions qui échappent aux projecteurs. Parmi elles, des événements dédiés à des publics spécifiques : personnes isolées, réfugiés, bénéficiaires d’associations. Des moments pensés pour créer du lien, offrir des espaces de respiration, loin des cadres habituels. Ces initiatives reposent souvent sur l’engagement bénévole des équipes. « C’est le sourire (…) qui vient récompenser le travail », confie la coordinatrice. Ainsi, les Frigos deviennent un outil social, un espace où se fabrique du collectif, loin des logiques purement événementielles.
Une écologie en actes
Aux Frigos, l’écologie se construit dans le concret. Pas de discours abstrait, mais des actions quotidiennes. La gestion des déchets constitue un enjeu central. Accueillir des milliers de visiteurs implique une organisation rigoureuse. Tri des biodéchets, réduction des emballages, nouvelles installations : tout est pensé pour limiter l’impact. Mais l’enjeu dépasse la technique. Il repose sur l’implication du public. « Les gens doivent jouer le jeu », insiste Maryse Renker, rappelant que chaque geste compte. Le projet des Jardins perchés incarne cette volonté d’aller plus loin. Sur le toit, un espace de culture en permaculture prend forme. Un projet à la fois écologique et social, qui associe production locale et transmission de savoir-faire. À travers ces initiatives, les Frigos affirment une ligne claire : expérimenter, tester, ajuster. Faire de l’écologie une pratique quotidienne, ancrée dans le réel.
Les Frigos / 1 rue du Général Ferrié à Metz
Du mercredi 6 mai au dimanche 6 septembre 2026
Horaires d’ouverture :
Le mercredi en période scolaire de 14h à 22h
Le mercredi en période estivale de 17h à 22h
Le jeudi de 17h à minuit
Le vendredi de17h à minuit
Le samedi de 17h à minuit
Le dimanche de 11h à 22h






