Un bleu de travail comme toile, quinze regards pour le réinventer et une vente aux enchères au profit du Secours populaire. Du 3 au 18 octobre, La Citadelle MGallery, le Frac Lorraine et le Secours populaire français de Moselle unissent leurs univers autour de Mettons une veste à la précarité. Dix artistes locaux et cinq étudiants de l’École supérieure d’art ont transformé ce vêtement emblématique du monde ouvrier en œuvres uniques. Une manière de convoquer la mémoire industrielle de la Moselle tout en mettant la création au service de la solidarité.
Il aura habillé des générations d’ouvriers, accompagné les gestes répétés dans les ateliers, affronté la poussière, la chaleur et le cambouis. Dans une Moselle façonnée par les mines et la sidérurgie, le bleu de travail ne constitue pas seulement un vêtement professionnel. Il appartient à une mémoire collective. Cet automne, pourtant, il change radicalement de fonction. Plus question de le porter pour travailler : le voilà confié aux artistes, transformé, exposé, puis proposé aux enchères. C’est autour de cet objet familier que La Citadelle MGallery, le Frac Lorraine et le Secours populaire français de Moselle ont imaginé Mettons une veste à la précarité. Pour la première fois, les trois partenaires s’associent dans un projet commun mêlant création artistique, histoire locale et engagement solidaire. Une rencontre entre des univers qui, de prime abord, n’avaient rien d’évident, mais auxquels le bleu de travail offre ici un trait d’union. L’idée a mûri pendant plusieurs mois. Dix artistes locaux reconnus et cinq étudiants de l’École supérieure d’art ont accepté de se prêter à l’exercice. À chacun le même point de départ : ce vêtement robuste, fonctionnel et immédiatement reconnaissable. À chacun, ensuite, d’en proposer sa propre lecture. Ainsi détournées de leur fonction première, les vestes sont devenues autant de pièces originales, chaque créateur utilisant le support pour développer son propre langage artistique.
Quinze regards sur un symbole ouvrier
Choisir le bleu plutôt qu’une toile blanche donne d’emblée une dimension particulière à l’opération. Le support possède déjà son histoire avant même que l’artiste intervienne. Il évoque le travail manuel, les gestes techniques et les savoir-faire, mais aussi ces milliers de femmes et d’hommes qui ont participé au développement industriel du territoire. En Moselle, cette résonance prend nécessairement une dimension supplémentaire tant les mines, la sidérurgie et leurs activités connexes ont profondément marqué les paysages comme les familles. Cependant, Mettons une veste à la précarité ne se veut pas une exposition nostalgique consacrée au passé industriel. Les organisateurs associent à cette mémoire les notions de travail, de transmission et de solidarité. En donnant carte blanche aux quinze participants, ils permettent surtout à un objet standardisé de devenir singulier. Là où le bleu effaçait autrefois les différences sous un même vêtement professionnel, chaque intervention artistique lui redonne désormais une identité propre. Pour accompagner cette première édition, les partenaires ont fait appel à Matthieu Gauthier. Artiste peintre messin, il connaît particulièrement bien l’École supérieure d’art de Lorraine : il y a obtenu son DNAP puis son DNSEP en 2013 et y enseigne aujourd’hui la peinture. Au cours de sa formation, un séjour à Gdańsk, en Pologne, lui avait notamment permis d’approfondir la peinture académique. Son parcours donne ainsi une résonance particulière à sa présence aux côtés des cinq étudiants de l’école engagés dans l’opération. Installé à Metz, Matthieu Gauthier développe une peinture figurative largement tournée vers le vivant. Figures humaines et animaux peuplent un travail dans lequel le regard occupe une place centrale. L’artiste se présente d’ailleurs comme un « portraitiste du vivant ». Sur ses toiles, souvent travaillées à l’huile, il cherche moins la simple reproduction d’un sujet qu’une présence, qu’il s’agisse d’un visage humain ou d’un animal. Son parcours l’a également conduit à exposer en France comme à l’étranger. Son implication dans Mettons une veste à la précarité dépasse donc le rôle honorifique de parrain. Il porte et accompagne artistiquement le projet et a également choisi d’offrir deux de ses propres œuvres à l’opération. Car derrière l’exposition se trouve bien un objectif précis. Les créations ne sont pas destinées à rejoindre des réserves une fois l’événement terminé. Elles vont changer de mains et contribuer, par leur vente, aux actions conduites auprès des personnes en difficulté. L’intégralité des bénéfices doit en effet être consacrée aux actions du Secours populaire français de Moselle en faveur des personnes en situation de précarité. Le choix du bleu prend alors un autre sens. Habituellement destiné à protéger celui qui le porte, il devient ici, symboliquement, un moyen d’aider ceux que la précarité fragilise. Et l’objet produit à l’origine pour être pratique, solide et interchangeable acquiert, sous la main de l’artiste, une valeur qui n’est plus seulement utilitaire.
De La Citadelle au Frac
L’opération se déroulera entre deux lieux messins. Premier rendez-vous à partir du 3 octobre jusqu’au 14 octobre à La Citadelle Metz MGallery, 5 avenue Ney. Le public pourra alors découvrir les différentes interprétations réalisées à partir des bleus de travail avant que l’ensemble ne rejoigne le Frac Lorraine. Le passage de La Citadelle au Frac marque également une nouvelle étape dans la vie des œuvres. Installées au 1 bis rue des Trinitaires, elles y seront exposées du 15 au 18 octobre. Entre-temps aura lieu le moment central de l’opération : jeudi 15 octobre, de 18h à 20h30, le Frac accueillera la vente aux enchères. Ce parcours permet aux créations de circuler plutôt que de rester attachées à un lieu unique. Il offre également plusieurs portes d’entrée à un public qui ne fréquente pas nécessairement les mêmes espaces. L’hôtel accueille d’abord l’exposition, puis le Frac prend le relais au moment où les œuvres deviennent l’objet de la vente solidaire. Dès lors, cette circulation répond à l’ambition affichée depuis l’origine : créer des passerelles. Entre artistes confirmés et étudiants d’abord, puisque les uns et les autres travaillent autour d’un support commun. Entre passé et présent ensuite, le vêtement industriel d’hier devenant matière de création contemporaine. Entre culture et action sociale, enfin, puisque la valeur acquise par l’œuvre doit finalement se traduire en aide concrète.
Une veste contre la précarité
Le titre de l’opération prend alors tout son sens. Mettre une veste à la précarité joue avec l’expression populaire, mais l’intention dépasse le clin d’œil. Le projet repose sur la capacité d’un objet modeste à changer successivement de statut : vêtement professionnel, support artistique, œuvre exposée puis pièce vendue au bénéfice d’une association de solidarité. Cette chaîne donne sa cohérence à l’initiative. Elle évite surtout de juxtaposer artificiellement une exposition et une collecte de fonds. Ici, l’une conduit directement à l’autre. L’artiste transforme le vêtement ; le public découvre son travail ; l’acquéreur remporte une œuvre ; le produit de l’opération rejoint ensuite les actions du Secours populaire. Par ailleurs, l’enjeu consiste aussi à rapprocher solidarité et culture. Les trois partenaires veulent montrer que l’une et l’autre peuvent contribuer à créer du lien. La démarche trouve naturellement un écho en Moselle, où le patrimoine industriel demeure profondément inscrit dans les mémoires, quand bien même les hauts-fourneaux et les chevalements ont, pour beaucoup, cessé leur activité. En invitant des artistes contemporains à s’emparer du bleu de travail, les organisateurs ne cherchent donc pas seulement à convoquer ce passé. Ils utilisent un symbole suffisamment puissant pour parler simultanément de travail, de transmission, de création et de solidarité. Pendant un peu plus de deux semaines, les quinze créations effectueront ainsi ce parcours entre mémoire ouvrière et engagement social. Après le vernissage du 3 octobre à La Citadelle, elles rejoindront le Frac pour la vente aux enchères du 15 octobre, avant d’y rester exposées jusqu’au 18. Les bénéfices de l’opération seront reversés aux actions du Secours populaire français de Moselle. Le bleu de travail aura finalement changé de fonction sans perdre complètement ce qui faisait sa raison d’être : protéger. De l’usine au musée et du musée à la solidarité, il n’y avait finalement qu’une veste à enfiler.
Trois rendez-vous :
Exposition des œuvres à l’Hôtel La Citadelle MGallery jusqu’au 14 octobre.
Exposition des œuvres au FRAC Lorraine du 16 octobre au 18 octobre.
Vente aux enchères au FRAC Lorraine : jeudi 15 octobre de 18h à 20h30






