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Accueil Politique

Moselle : les trois « coups de gueule » de Patrick Weiten

Aziz MEBARKI Par Aziz MEBARKI
21 septembre 2026
in Politique
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Patrick Weiten lors de la conférence de presse du Conseil départemental de la Moselle

Patrick Weiten, Président du Conseil départemental de la Moselle, lors de la conférence de presse de la réunion trimestrielle de septembre 2026. © A. Mébarki

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Centrale Émile-Huchet, nouveaux EPR à Cattenom, pénurie de places en EHPAD : Patrick Weiten a profité de la réunion trimestrielle du Conseil départemental de la Moselle, ce lundi 21 septembre, pour hausser le ton sur trois dossiers qu’il juge déterminants pour l’avenir du territoire. Lors de sa conférence de presse tenue ce matin, le président du Département a directement interpellé l’État sur ses choix énergétiques et sur la prise en charge du grand âge. Devant l’assemblée départementale, il avait auparavant développé une même ligne : défendre la capacité d’action de la Moselle dans un contexte budgétaire contraint, tout en maintenant ses investissements.

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La réunion trimestrielle de septembre devait notamment être celle de la décision modificative n° 2 du budget 2026. Elle aura également été celle des messages adressés à Paris. Car, au-delà des chiffres et des rapports soumis au vote des élus, Patrick Weiten n’a pas cherché, ce matin, à masquer son irritation. Trois dossiers ont concentré ses critiques : l’avenir de la centrale Émile-Huchet à Saint-Avold, le développement du nucléaire à Cattenom et la pénurie de places dans les EHPAD mosellans. Trois sujets différents, mais reliés par une même conviction : le territoire dispose de capacités, de compétences et de besoins clairement identifiés, tandis que les décisions nationales ne suivent pas toujours. « Tant que je considérerai qu’il faut parler fort, je parlerai fort », a résumé le président du Département, tout en précisant ne vouloir s’opposer ni à l’État ni à la Région, mais défendre « l’avenir de la Moselle ».

Huchet : « C’est scandaleux »

Le premier coup de gueule a concerné la centrale Émile-Huchet de Saint-Avold. Sur ce dossier, Patrick Weiten entend faire de l’avenir du site un enjeu politique majeur. Il a rappelé que la loi dite « Saint-Avold », adoptée à l’unanimité par le Parlement au printemps 2025, devait accompagner la sortie du charbon et l’évolution vers d’autres solutions énergétiques. Or c’est précisément son application à Saint-Avold qui suscite sa colère. « Il y a une loi qui s’appelle Saint-Avold », a-t-il rappelé, avant de résumer la contradiction qu’il dénonce : « Quand il s’agit de la mettre en œuvre : “Oui, mais pas à Saint-Avold.” Donc c’est la loi Saint-Avold qui ne s’applique pas à Saint-Avold. Cherchez l’erreur. »Puis le président a encore durci le ton : « C’est scandaleux. C’est un scandale politique, c’est un scandale institutionnel. » Au-delà de la formule, Patrick Weiten a surtout insisté sur le devenir industriel et humain du site. Après l’arrêt de la centrale, l’État avait demandé sa remise en fonctionnement lorsque les tensions sur l’approvisionnement énergétique l’avaient rendue nécessaire. Des personnels avaient alors été remobilisés. « On avait éteint Saint-Avold, et l’État a été chercher Saint-Avold et les personnels qu’on avait mis soit au chômage, soit à la retraite, en disant : “Il faut rallumer.” Et la Moselle a rallumé, les Mosellans ont rallumé. Et aujourd’hui, on leur dit : “On éteint.” » Dès lors, le sujet dépasse à ses yeux la seule production d’électricité : Saint-Avold concentre des infrastructures, des compétences et des personnels spécialisés qu’il estime nécessaire de préserver. « On a un savoir-faire, on a des femmes et des hommes, on a un lieu qui est accessible », a-t-il insisté, refusant de voir le site devenir une friche alors que les besoins énergétiques demeurent importants. Patrick Weiten a également indiqué avoir écrit au Premier ministre pour l’alerter sur l’avenir du site. Selon le président du Département, celui-ci lui a répondu que le dossier serait confié à une ministre, sans que les incertitudes soient pour autant levées. « Et puis c’est dans les cabinets ministériels. Moi j’ai écrit au Premier ministre, il dit qu’il allait confier ça à une des ministres », a-t-il expliqué, avant de qualifier la situation de « personnellement insupportable ». La motion portée par le Département vient donc prolonger cette démarche auprès du gouvernement, à la fois pour témoigner du soutien de la Moselle aux salariés et pour maintenir la pression sur l’État. « C’est déjà dire qu’on n’est pas dupe en Moselle et qu’on risque de se fâcher. Vous appelez ça une motion, une menace, comme vous voulez. »

Cattenom : la bataille des EPR

Dans le prolongement direct de Saint-Avold, le deuxième coup de gueule a porté sur le nucléaire. Patrick Weiten entend faire de Cattenom un candidat à l’accueil de nouveaux réacteurs et ne comprend pas que le site mosellan n’ait pas été retenu jusqu’à présent dans les projets d’implantation d’EPR. Le Conseil départemental devrait formaliser sa position en décembre. « La Moselle, Terre des énergies. Si je ne suis pas sur les EPR, on n’est plus Terre des énergies. C’est clair », a lancé le président. Son argumentaire repose sur les caractéristiques du site : une centrale existante, des compétences nucléaires, du foncier disponible et une ressource en eau à proximité. À cela s’ajoute, selon lui, une demande d’électricité appelée à progresser avec l’électrification des usages. D’où cette interrogation : « On a une centrale nucléaire, on ne peut pas mettre deux EPR à côté ? » Patrick Weiten a également insisté sur le savoir-faire accumulé autour de Cattenom : « Quand on voit le site, quand on entend les directeurs successifs, il y a de la place, on peut faire, il y a ce qu’il faut. » Sa conclusion a été tout aussi directe : « Aujourd’hui on n’a pas choisi Cattenom. Je ne comprends pas. » Le président inscrit cette revendication dans une stratégie énergétique associant également Saint-Avold et le potentiel de l’hydrogène naturel découvert dans le sous-sol mosellan. Pour autant, il refuse d’en faire un sujet de confrontation avec la Région : « Je ne suis pas dans une attitude de m’opposer à l’un ou à l’autre. » Sa position tient finalement en quelques mots : « Au jour d’aujourd’hui, je défends la Moselle. »

EHPAD : « On va se taper le mur »

Après l’énergie, le troisième coup de gueule change de domaine, mais pas d’intensité. Il concerne le grand âge et les 507 places d’EHPAD qui manquent aujourd’hui en Moselle, selon l’état des lieux réalisé par les services départementaux. Devant l’assemblée, Patrick Weiten avait déjà interpellé l’Agence régionale de santé ; face à la presse, il a détaillé les raisons de son inquiétude. Les établissements mosellans affichent un taux d’occupation de 95 à 96 %, alors que le vieillissement démographique devrait encore accroître la demande. « J’ai demandé aux services de regarder, c’est ce chiffre-là qui est sorti : 507, que je sais démontrer », a expliqué Patrick Weiten. Jusqu’ici, il évaluait le déficit entre 300 et 400 lits. Désormais, son constat est plus sévère : « Non, non, il m’en manque 500 et je pense que si dans un an vous me posez la même question, on sera à 600. » Derrière les statistiques, il insiste surtout sur les situations vécues par les familles : une chute, une hospitalisation ou une perte brutale d’autonomie peuvent rendre impossible le retour à domicile, tandis que les services d’aide manquent eux-mêmes de personnels. « Quand ils sont confrontés à ce problème-là, ils sont dans le désert. C’est le désert. C’est le désarroi. » À cette pénurie s’ajoute le coût des établissements, avec des tarifs qui, selon lui, atteignent désormais 2 500 euros, voire 3 000 euros mensuels. Dans le même temps, aucune nouvelle place n’aurait été créée en Moselle depuis plus de dix ans. Or le Département ne peut pas décider seul de créer des lits médicalisés, l’État et l’ARS intervenant dans les autorisations et le financement sanitaire. « Je n’ai pas le droit d’ouvrir. Si j’ouvre, je ne peux pas médicaliser. Je ne peux pas avoir des professionnels de la santé », résume Patrick Weiten. Environ six établissements de 80 à 100 lits permettraient théoriquement de répondre aux besoins recensés. Le président relance également l’idée d’un financement spécifique de la dépendance en évoquant le modèle luxembourgeois. « C’est le coup de gueule de la Moselle face à nos aînés. C’est insupportable. On ne peut pas continuer. Ça doit être une priorité nationale. » Sa conclusion est sans détour : « On va se taper le mur. »

Derrière ces trois coups de gueule se retrouve ainsi une même exigence : obtenir des décisions et des financements à la hauteur de besoins que le Département considère clairement identifiés. C’est sur ce point que la conférence de presse de ce matin a rejoint les orientations développées devant l’assemblée départementale.

Un budget sous pression

Au-delà de ces trois dossiers, la réunion trimestrielle avait d’abord pour objet la situation financière du Département et la décision modificative n° 2. Celle-ci ajuste le budget 2026 de 16,3 millions d’euros, portant son volume total à 1,234 milliard d’euros. Les dépenses de fonctionnement progressent de 13,2 millions, principalement sous l’effet des besoins sociaux, tandis que 3,1 millions supplémentaires sont consacrés à l’investissement. Le RSA représente désormais 173,7 millions d’euros de crédits. Le Département mobilise également 7,5 millions supplémentaires en faveur de l’autonomie et du handicap, auxquels s’ajoutent 5 millions pour les frais de séjour en établissement et 400 000 euros pour l’APA versée aux établissements. Dès lors, Patrick Weiten avait averti l’assemblée que « le mauvais temps budgétaire est annoncé ». Face à des dépenses sociales en progression et à des recettes plus incertaines, il veut systématiser trois principes : anticiper, contrôler et évaluer. Cette tension nourrit également son différend avec l’État sur les dépenses décidées nationalement mais supportées par les Départements. La revalorisation de 0,8 % du RSA au 1er avril 2026 en constitue, selon lui, une illustration. Il ne remet pas en cause cette hausse pour les bénéficiaires, mais son financement : « La solidarité nationale doit être financée par la nation. » Parallèlement, la Moselle entend conserver ses capacités d’intervention avec notamment son « RSA agricole », destiné à soutenir temporairement les exploitants en difficulté. « Nous ne voulons pas d’agriculteurs qui vivent ou survivent grâce au RSA. Nous voulons des agriculteurs qui vivent grâce aux fruits de leur travail », avait expliqué Patrick Weiten.

RN4 et VR52 : deux chantiers majeurs

Toutefois, ce contexte budgétaire resserré ne signifie pas l’arrêt des investissements. Deux grands dossiers routiers représentant ensemble 100 millions d’euros doivent avancer. Le premier concerne l’achèvement de la RN4 entre Gogney et Saint-Georges, une opération de 70 millions d’euros placée sous maîtrise d’ouvrage de la Région Grand Est. Le second porte sur la dernière phase de la VR52, avec le contournement de Rombas, pour 30 millions d’euros. Cette infrastructure doit achever la liaison entre l’A30 et l’A4 et offrir une alternative à l’A31. Patrick Weiten souhaite accélérer le calendrier : « Pour nous, l’objectif, c’est un premier coup de pioche dans les douze mois. » Dans son prolongement, un nouvel accès par l’arrière au site touristique d’Amnéville doit également améliorer la circulation et la sécurité lors des grands événements, qui peuvent générer entre 5 000 et 8 000 véhicules par jour.

Lorraine Aéroport cherche un nouvel élan

Les mobilités ne se limitent cependant pas aux infrastructures routières. Lorraine Aéroport fait également l’objet d’une nouvelle réflexion. Une étude de 200 000 euros, financée pour moitié par la Région et à parts égales par le Département et l’Eurométropole de Metz pour le solde, doit définir une stratégie pour la plateforme. Patrick Weiten estime notamment que la saturation de Luxembourg-Findel peut créer des opportunités pour Metz-Nancy-Lorraine. La réflexion doit donc porter en priorité sur la recherche de nouvelles dessertes et le développement de l’activité. « L’aéroport n’a pas besoin de promesses, il a besoin d’une stratégie », résume-t-il.

Les collèges maintiennent le cap

Autre priorité départementale, les collèges doivent bénéficier en 2027 d’une dotation de fonctionnement de 2,573 millions d’euros pour les établissements publics. Malgré la hausse des coûts, le prix du repas restera fixé à 4,04 euros. En parallèle, le Département poursuit le développement des circuits courts, notamment pour le pain et la viande bovine mosellane. Patrick Weiten estime cependant qu’il faut désormais structurer une véritable filière capable de répondre aux volumes de la restauration scolaire : « Comment on organise le chemin entre le producteur et le consommateur ? Ça ne marche pas. En Moselle, ça ne marche pas. » La politique du « savoir nager » et la piscine mobile déployée dans les territoires ruraux seront également poursuivies. Cette volonté de rapprocher production locale et restauration collective renvoie, plus largement, aux réflexions engagées par le Département sur l’avenir de l’agriculture mosellane.

Une cantine pour le collège de L’Hôpital

Toujours dans le domaine scolaire, le collège François-Rabelais de L’Hôpital doit être doté d’une véritable restauration scolaire. Lors d’une visite, Patrick Weiten avait constaté qu’une partie des élèves déjeunait à l’école tandis que les autres mangeaient des casse-croûte dans une salle du collège. « On ne pouvait pas continuer à accepter ce genre de choses », a-t-il expliqué. Le Département a donc engagé une opération d’un peu plus de 3 millions d’euros. Les études et consultations doivent désormais préparer la construction d’un bâtiment permettant de réunir tous les collégiens sur un même site pour leur restauration.

Agriculture et eau : préparer l’avenir

Dans le prolongement de ces questions d’alimentation locale, la ruralité a constitué un autre fil rouge du discours présidentiel. Après le succès des Terres de Jim, qui ont accueilli plus de 100 000 visiteurs, les Assises de l’agriculture mosellane doivent aboutir le 10 décembre à des propositions pour construire une stratégie à l’horizon 2035. Avec près de 2 900 exploitations et plus de 323 000 hectares de surfaces agricoles, le secteur demeure essentiel au territoire, mais doit affronter le changement climatique, les coûts d’investissement, les difficultés de transmission et le renouvellement des générations. Dans le même temps, la sécheresse replace la gestion de l’eau au premier plan. Des Assises de l’eau seront organisées le 5 novembre. « On a un peu oublié, mais il n’a toujours pas plu. Il fait moins chaud, mais il n’a toujours pas plu », a rappelé Patrick Weiten. Agriculture, eau et énergie constituent ainsi, à ses yeux, des enjeux étroitement liés à l’avenir du territoire.

La fibre comme exemple

Cette volonté d’anticiper plutôt que de subir conduit également Patrick Weiten à regarder dans le rétroviseur. Il a ainsi rappelé le choix effectué en 2011 d’investir dans la fibre, à une époque où l’engagement direct du Département ne faisait pas l’unanimité. Quelque 6 000 kilomètres d’infrastructures publiques ont depuis été déployés. Le réseau génère aujourd’hui des recettes et dessert jusqu’aux plus petites communes rurales. « On a oublié d’où on vient », a-t-il observé. Pour le président, cette expérience démontre qu’une collectivité peut prendre l’initiative sur un dossier stratégique sans attendre que toutes les solutions viennent de l’extérieur.

« Protéger, investir et préparer »

Au final, Patrick Weiten a rassemblé les dossiers de cette réunion trimestrielle autour d’une même ligne : protéger les plus fragiles et les capacités industrielles du territoire, poursuivre les investissements et préparer les transitions énergétique, agricole et démographique. Dans un contexte financier plus contraint, le président du Conseil départemental refuse toutefois que la Moselle devienne « la variable d’ajustement des politiques nationales ». Il revendique parallèlement la coopération avec l’État, la Région et les intercommunalités lorsque les responsabilités et les financements sont partagés. De Saint-Avold à Cattenom, des 507 places manquantes en EHPAD aux grands projets de mobilité, une même volonté traverse ainsi son discours : faire en sorte que la Moselle conserve une prise directe sur les décisions qui engagent son avenir.

Tags: AgricultureCattenomConseil départemental de la MoselleDépartement de la MoselleEhpadÉmile-HuchetEPRgrand âgeLorraine AéroportPatrick WeitenRN4Saint-AvoldVR52
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Aziz MEBARKI

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