Inauguré officiellement ce mardi 1er septembre, jour de rentrée scolaire, le collège Nicolas-Untersteller de Stiring-Wendel fonctionne déjà depuis un an dans ses nouveaux murs. Devant les élèves et la communauté éducative, le Président du Département de la Moselle Patrick Weiten a dépassé la seule présentation d’un investissement de 17 millions d’euros pour défendre une vision plus large : celle d’un collège comme outil d’égalité, d’attractivité et d’émancipation des territoires. Le Recteur Pierre-François Mourier a placé cette rentrée sous le double signe de l’excellence et de la sérénité, tandis que le Préfet Pascal Bolot a insisté sur les nouvelles menaces auxquelles l’École doit se préparer.
Il y a des inaugurations qui racontent d’abord un chantier, ses mètres carrés, son coût et son calendrier. Celle du collège Nicolas-Untersteller de Stiring-Wendel aura davantage ressemblé, mardi matin, à une profession de foi en faveur de l’action publique territoriale. Opérationnel depuis la rentrée 2025, l’établissement accueille près de 500 élèves et constitue l’une des opérations majeures du Plan Collèges du Département. Lancée début 2024, sa reconstruction représente 17 millions d’euros. Seize salles d’enseignement général, trois laboratoires scientifiques, un espace technologique, deux ateliers d’expression artistique, un CDI modernisé, des locaux médico-sociaux, deux salles Ulis et une salle multi-activités ont notamment trouvé place dans l’ensemble réhabilité. La structure des années 1970 a en partie été conservée, plus de 1 600 m² de façades et murs en ossature bois ont été intégrés et près de 72 tonnes de matériaux biosourcés utilisées. Mais ces chiffres n’ont constitué que la toile de fond du discours de Patrick Weiten. Pour le Président du Département, ce nouveau collège matérialise d’abord une conviction : l’endroit où l’on vit ne doit pas décider de la qualité de l’école à laquelle on a droit. « Nous inaugurons une promesse, un engagement républicain », a-t-il résumé.
Aucun territoire tenu à l’écart
C’est le fil directeur de son intervention. Patrick Weiten ne veut pas opposer les grands centres urbains à la Moselle des frontières, les territoires attractifs à ceux confrontés aux difficultés démographiques, ni réserver l’investissement public aux secteurs où la croissance semble déjà acquise. Derrière les murs du collège se trouve, affirme-t-il, une « conviction politique » : « Il ne peut pas y avoir d’un côté les territoires qui auraient droit à l’excellence, à l’investissement et aux équipements modernes, et de l’autre ceux auxquels on demanderait de patienter. » Le Département doit précisément corriger cette mécanique et maintenir une forme d’équité entre les bassins de vie, y compris lorsque les contraintes financières deviennent plus fortes. Le Président du Conseil départemental rappelle ainsi le programme pluriannuel de 162 millions d’euros engagé jusqu’en 2030 pour reconstruire ou réhabiliter plusieurs collèges mosellans. Pour 2026, le budget consacré aux collèges atteint 29 millions d’euros, dont 24 millions d’investissement. « Derrière chaque euro investi, il doit y avoir une ambition : donner les mêmes chances, faire vivre les territoires et préparer l’avenir. » Un collège n’est donc pas seulement, à ses yeux, un équipement scolaire. Il fait venir des personnels, soutient des équipements, génère des projets et donne aux familles une raison supplémentaire de demeurer sur place. À l’inverse, lorsqu’un établissement disparaît, c’est une partie de la capacité d’un bassin de vie à se projeter qui s’efface. « L’égalité territoriale, ce n’est pas donner exactement la même chose à tout le monde. C’est donner à chacun les moyens de réussir, là où il est, en fonction de l’adaptation du territoire. »
La frontière transformée en chance
À quelques kilomètres de l’Allemagne, cette égalité ne signifie pas apporter partout les mêmes réponses. Patrick Weiten considère au contraire qu’un collège frontalier doit tirer parti de sa géographie. Projets transfrontaliers, apprentissage de l’allemand, sport, culture ou échanges avec le pays voisin deviennent autant de prolongements de l’enseignement. « Apprendre la langue du voisin, découvrir sa culture et aller à sa rencontre, c’est préparer nos jeunes à un monde dans lequel les frontières ont moins d’importance que les compétences, la curiosité et la capacité de dialoguer », a-t-il défendu. Chez Patrick Weiten, l’identité frontalière devient ainsi une composante de l’attractivité future du territoire. Aux collégiens, il a lancé une invitation qui résume sa conception de l’éducation : « Profitez-en, travaillez, soyez curieux, posez des questions, faites du sport, lisez, abordez la culture, apprenez l’allemand, créez, allez à la rencontre de ceux qui vivent de l’autre côté de ce que vous appelez la frontière. »
Des murs et ce qui se passe derrière eux
Le Président du Département n’a pas voulu réduire la réussite du collège à son architecture. Un établissement reste un chantier permanent, y compris lorsque les entreprises sont parties. Il ne prend réellement sens que lorsqu’un élève y apprend, découvre une passion ou rencontre « parfois un adulte qui lui redonne confiance ». Cette conception conduit Patrick Weiten à englober dans la politique éducative départementale la restauration scolaire, les circuits courts, le sport, la culture ou encore l’engagement citoyen. Il a ainsi rappelé le déploiement de la Baguette Moselle dans les collèges : quelque 500 000 baguettes permettent à la fois de soutenir l’agriculture et l’artisanat locaux et de faire de la restauration scolaire un acte éducatif. Même logique avec les cadets de la sécurité civile, dont le dispositif a progressivement grandi jusqu’à concerner environ un millier de jeunes. Ils incarnent, pour le président, une culture de l’engagement susceptible d’alimenter demain les rangs des jeunes sapeurs-pompiers puis des volontaires. Une politique éducative ne prépare donc pas seulement des élèves à un diplôme ; elle prépare aussi des citoyens à prendre leur place dans la collectivité.
« L’excellence, y compris en éducation prioritaire »
Pierre-François Mourier a choisi, lui, deux marqueurs pour cette rentrée : excellence et sérénité. Le recteur de la région académique Grand Est a insisté sur le fait que la première ne saurait être réservée à quelques établissements ou catégories d’élèves. « L’excellence, y compris en éducation prioritaire », a-t-il martelé, invitant les équipes à développer l’estime de soi et à considérer l’excellence comme un état d’esprit. À Stiring-Wendel, elle passe par les projets artistiques, les langues, l’ouverture transfrontalière, l’accompagnement et l’inclusion. La sérénité suppose, elle, de mieux protéger les élèves. Le recteur a évoqué le questionnaire sur les violences sexuelles destiné à mieux repérer des situations invisibles, mais aussi la cybersécurité et la nécessaire éducation des enfants et des parents aux risques numériques. Enfin, la protection passe par l’adaptation climatique. Pierre-François Mourier s’est félicité que, pendant les fortes chaleurs, les cours aient pu se poursuivre dans le nouveau collège. Il ne parle d’ailleurs plus simplement de « changement climatique », mais d’une crise susceptible de modifier profondément les conditions dans lesquelles l’École devra fonctionner.
« Le harcèlement ne s’arrête pas à l’école »
Pascal Bolot a lui aussi placé la sérénité au centre de son intervention, mais sous l’angle de la sécurité. Le Préfet de la Moselle a notamment insisté sur le harcèlement désormais prolongé par les réseaux sociaux : « Le harcèlement ne s’arrête pas à l’école », a-t-il prévenu, appelant à renforcer la capacité de détection des adultes. À cette violence parfois invisible s’ajoute la sécurité physique. Le préfet a rappelé les contrôles menés avec la police et la gendarmerie aux abords des établissements, qui ont parfois permis de découvrir dans les sacs des Opinel, des couteaux suisses ou de petits lasers. Sans parler d’« épidémie », il annonce la poursuite de ces opérations. Pascal Bolot a surtout identifié trois ruptures auxquelles l’École va devoir répondre. La première est démographique : la diminution des naissances modifiera les effectifs et obligera à repenser certaines organisations. La deuxième est technologique. Avec l’intelligence artificielle, l’élève peut désormais obtenir immédiatement une information et vérifier les propos de l’enseignant, ce qui interroge la place du pédagogue et la transmission des savoirs. La troisième rupture est climatique. Perdre dix ou douze journées d’enseignement lors d’épisodes de forte chaleur reviendrait, calcule-t-il, à sacrifier environ 5 % du temps éducatif. Autant de transformations auxquelles l’École devra désormais apprendre à s’adapter.
Un bâtiment pensé pour demain
Patrick Weiten retrouve le Recteur et le Préfet sur ce terrain. Le Président du Département veut intégrer plus étroitement les enjeux énergétiques et environnementaux aux futurs programmes de rénovation. À Stiring-Wendel, conservation d’une partie de la structure, ossature bois, matériaux biosourcés et performances énergétiques témoignent déjà de cette évolution. Pour Weiten, il s’agit désormais de poursuivre la reconstruction des collèges anciens en intégrant simultanément confort, bien-être éducatif et préservation de l’environnement. Mais cette ambition dépasse encore une fois les murs de l’établissement. Elle rejoint la question de l’attractivité mosellane : offrir des services publics solides, des équipements sportifs et culturels, une éducation de qualité et de bonnes conditions de vie contribue à convaincre les familles de rester ou de venir s’installer.
Éducation, économie et avenir mosellan
Parti du collège, Patrick Weiten a ainsi progressivement élargi le cadre jusqu’à dessiner sa vision de la Moselle des prochaines années. Il refuse de regarder la perte de population comme une fatalité et relie la réponse au logement, à l’attractivité, aux mobilités, au développement économique et à l’énergie. Il a de nouveau évoqué l’hydrogène naturel présent dans le sous-sol mosellan, susceptible selon lui d’alimenter un renouveau économique et social, ainsi que le ferroviaire et les mobilités décarbonées. L’apparente digression n’en est pas vraiment une : reconstruire un collège et développer de nouvelles ressources économiques participent, dans son raisonnement, d’un même projet visant à maintenir des habitants, attirer des familles et offrir aux jeunes des perspectives sur leur territoire. La coopération entre Département, Éducation nationale, services de l’État et communes devient alors déterminante. Dans une période difficile pour les finances publiques, Patrick Weiten voit dans cette capacité à agir ensemble l’une des conditions permettant de continuer à mener des projets structurants.
« Rêvez grand »
À l’arrivée, Patrick Weiten a ramené son discours vers les premiers concernés : les adolescents qui reprenaient le chemin des classes. Il leur a demandé de faire du collège « un lieu de réussite, de respect, d’amitié et d’ambition ». Yves Ludwig, le maire de Stiring-Wendel, avait lui-même rappelé en ouverture qu’il avait découvert le précédent établissement comme élève de cinquième en novembre 1972. Plus d’un demi-siècle plus tard, il en inaugurait la reconstruction comme Maire. Une manière de rappeler que les bâtiments changent mais que le collège demeure un lieu de transmission entre les générations. « Un collège s’achève vraiment lorsque l’élève se sent bien, lorsqu’il apprend, lorsqu’il découvre une passion », a résumé Patrick Weiten. À Stiring-Wendel, le chantier matériel est désormais presque derrière lui. Reste celui de toutes les générations qui vont habiter ces murs. Avec, pour les élèves, cette invitation du président du Département : « Rêvez grand. Rêvez pas hier. Rêvez demain. »













