Privé de son écrin historique depuis le lancement des grands travaux de rénovation, l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz poursuit pourtant sa route. Pour la deuxième année consécutive, la saison se déploiera « hors les murs », dans une géographie culturelle élargie qui mène les artistes de l’Arsenal à la BAM, du NEC de Marly à la cathédrale Saint-Étienne. Derrière cette programmation 2026-2027 se dessine aussi un chantier exceptionnel qui transforme en profondeur l’un des plus anciens théâtres de France encore en activité.
Après une première saison menée dans le sillage de la fermeture, l’Opéra-Théâtre de Metz entre désormais dans une nouvelle phase de son histoire. Le temps de l’improvisation est passé. Celui de la consolidation commence.
Lorsque les travaux de rénovation ont conduit à fermer l’établissement à l’été 2025, nombreux étaient ceux qui redoutaient une parenthèse culturelle. Un opéra privé de scène semblait condamné à ralentir son activité. Un an plus tard, le constat est tout autre. Les équipes ont non seulement maintenu la programmation, mais elles ont aussi investi de nouveaux lieux et rencontré de nouveaux publics. Une expérience qui marque profondément l’identité de la maison. « Nous avons découvert plein de choses », a résumé Paul-Émile Fourny lors de la présentation de saison. Le directeur de l’Opéra-Théâtre estime que l’institution n’a « absolument pas à rougir de ce qu’elle a pu proposer » au cours de cette première année de transition, saluant au passage le travail des équipes mobilisées sur tous les fronts.
Une institution qui refuse de se mettre en sommeil
Pour François Grosdidier, Maire de Metz et Président de l’Eurométropole, le véritable exploit réside dans cette capacité à poursuivre simultanément deux chantiers : celui de la rénovation du bâtiment et celui de la création artistique. L’élu a ainsi rendu hommage à une équipe qui réussit « ce pari fou » consistant à maintenir l’activité tout en conduisant « ces travaux colossaux » de restauration de l’édifice. Selon lui, l’Opéra-Théâtre a démontré qu’il était bien davantage qu’un monument patrimonial : un lieu de création vivant capable de poursuivre sa mission malgré l’absence de sa scène historique. L’expérience hors les murs a également permis d’élargir le cercle des spectateurs. Les représentations organisées dans différents équipements métropolitains, mais aussi le spectaculaire Aïda de Giuseppe Verdi, présenté au stade Saint-Symphorien devant 7000 personnes, ont offert une visibilité nouvelle à l’institution. François Grosdidier souligne que cette itinérance a permis d’aller à la rencontre d’un public qui n’était pas forcément celui de l’opéra traditionnel. Jean-Luc Bohl partage cette analyse. Le vice-Président de l’Eurométropole chargé de la culture estime que cette période a démontré la capacité d’innovation d’une maison parfois perçue comme trop classique. Selon lui, l’ouverture vers d’autres lieux et d’autres formats a permis de prouver que l’opéra savait se réinventer et attirer de nouveaux publics.
Une saison qui dessine une nouvelle carte culturelle
La programmation 2026-2027 prolonge cette logique d’ouverture. Sept productions lyriques, deux ballets, deux spectacles jeune public et une création théâtrale composeront cette deuxième saison hors les murs.
Le voyage débutera au Conservatoire avec Le Voyage de Tao, spectacle musical et marionnettique destiné au jeune public. Viendra ensuite La Veuve joyeuse de Franz Lehár, accueillie à l’Arsenal dans une version semi-scénique dont les costumes constitueront l’un des axes majeurs. Le théâtre retrouvera sa place avec la reprise de L’Étranger d’Albert Camus, porté par Massimo Riggi. Devant l’affluence suscitée par les précédentes représentations, Paul-Émile Fourny a choisi de redonner vie à cette adaptation qui mêle théâtre, danse et musique. Les fêtes de fin d’année seront marquées par le retour du ballet Roméo et Juliette de Prokoviev au NEC de Marly. Une collaboration devenue suffisamment solide pour être prolongée jusqu’en 2029. Paul-Émile Fourny considère même que cette implantation contribue à faire évoluer la compagnie vers une dimension régionale. L’année 2027 s’ouvrira avec Mars, opéra contemporain de Jennifer Walshe présenté à la BAM, avant le retour de Mozart avec Les Noces de Figaro puis celui de Rossini à la cathédrale Saint-Étienne avec la Petite Messe solennelle. Au printemps, la danse reprendra ses droits avec un programme associant L’Oiseau de feu de Stravinsky, Pavane pour une infante défunte et le célèbre Boléro de Ravel. Enfin, la saison lyrique s’achèvera avec Lucia di Lammermoor de Donizetti à l’Arsenal puis Didon et Énée de Purcell à la basilique Saint-Vincent.
Derrière les murs fermés, un chantier qui avance
Pendant que les artistes poursuivent leur itinérance, l’édifice historique connaît une transformation d’une ampleur rarement observée dans son histoire récente. Jean-Luc Bohl a insisté sur le fait que le chantier progressait activement. Selon lui, les deux extensions contemporaines prévues dans le projet sont aujourd’hui quasiment achevées. Elles offriront aux équipes des conditions de travail entièrement renouvelées. Les ateliers de costumes et d’accessoires disposeront de nouveaux espaces adaptés à leurs besoins. Les choristes et les danseurs bénéficieront également d’équipements modernisés. L’un des aménagements les plus attendus concerne la création d’une salle de répétition reproduisant les dimensions exactes de la scène, permettant aux artistes de préparer leurs productions dans des conditions proches de celles du spectacle. Cette modernisation ne concerne pas uniquement les espaces de travail. Un important programme d’amélioration acoustique est également en cours afin d’optimiser les qualités sonores du bâtiment historique. Pour Jean-Luc Bohl, cet investissement revêt une portée symbolique particulière. Restaurer un opéra du XVIIIe siècle tout en l’adaptant aux exigences contemporaines constitue, selon lui, un choix fort à une époque où les finances publiques sont sous tension. L’élu y voit un acte de confiance dans la culture comme facteur d’attractivité métropolitaine.
L’héritage du XVIIIe siècle face aux exigences du XXIe
Car l’enjeu dépasse largement la seule remise à neuf d’un bâtiment. L’Opéra-Théâtre de Metz demeure l’un des plus anciens théâtres de France encore en activité. Son histoire remonte au XVIIIe siècle et accompagne depuis plus de deux siècles et demi l’évolution culturelle de la cité. La rénovation actuellement engagée vise précisément à préserver cet héritage tout en lui donnant les moyens de répondre aux attentes d’aujourd’hui. Le défi est considérable : respecter un patrimoine exceptionnel sans le figer. Moderniser sans dénaturer. Améliorer le confort des artistes et du public tout en conservant l’âme du lieu. À travers les choix architecturaux retenus et les nouveaux espaces créés, les responsables du projet cherchent à inscrire l’Opéra dans les décennies à venir plutôt qu’à simplement restaurer le passé.
Une maison qui sort renforcée de l’épreuve
Paradoxalement, cette fermeture temporaire pourrait bien constituer l’un des moments les plus féconds de l’histoire récente de l’institution. En découvrant de nouveaux lieux, l’Opéra-Théâtre a aussi découvert de nouveaux usages. Les collaborations renforcées avec le Conservatoire, la Cité musicale, le NEC de Marly ou encore différentes communes de l’Eurométropole dessinent désormais un réseau culturel plus dense. Paul-Émile Fourny ne cache d’ailleurs pas sa volonté de conserver certaines de ces expériences après la réouverture. Le NEC continuera notamment à accueillir des productions chorégraphiques même lorsque la maison historique retrouvera ses activités normales. La saison hors les murs produit également des effets durables sur le rayonnement de l’institution. Plusieurs programmateurs extérieurs ont manifesté leur intérêt pour les productions messines. C’est notamment le cas de l’Arche de Villerupt, qui accueillera le programme chorégraphique Boléro / Pavane pour une infante défunte / L’Oiseau de feu le 2 mai 2027 dans le cadre des Journées internationales de la danse. Une diffusion qui témoigne de la visibilité nouvelle acquise par le Ballet de l’Opéra-Théâtre au cours de cette période de transition. Cette perspective traduit peut-être la principale leçon de ces années de travaux : l’Opéra-Théâtre n’est plus seulement un bâtiment situé place de la Comédie. Il est devenu un acteur culturel capable d’irriguer l’ensemble du territoire métropolitain.
Lorsque les portes rénovées s’ouvriront à nouveau, Metz retrouvera son théâtre historique. Mais l’institution qui y prendra place ne sera plus tout à fait la même. Entre patrimoine restauré et horizons élargis, elle aura appris à faire de l’absence de murs une nouvelle manière d’exister.






