Alors que la perspective d’une évolution du statut de l’Alsace progresse au Parlement, Patrick Weiten estime que la Moselle ne peut rester simple spectatrice. Hier, devant le préfet Pascal Bolot, le président du Département a publiquement posé la question de la place du territoire mosellan dans une éventuelle recomposition du Grand Est, invoquant histoire commune, droit local et proximité avec l’Alsace.
Une intervention politique devant le préfet
Invité hier au Conseil départemental afin de présenter le bilan 2025 des services de l’État en Moselle, le préfet Pascal Bolot a été interrogé sur de nombreux sujets : infrastructures, sécurité, politique budgétaire, vieillissement, handicap ou encore carte scolaire. Mais c’est une autre question qui s’est rapidement imposée dans les échanges. Profitant de cette séquence institutionnelle, Patrick Weiten a souhaité interpeller le représentant de l’État sur les conséquences possibles d’un statut particulier accordé à l’Alsace. La proposition de loi concernant la Collectivité européenne d’Alsace ayant été adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale, l’exécutif mosellan a estimé désormais nécessaire d’ouvrir le débat sur l’avenir du département. « Nous devons nous poser la question : et la Moselle ? Quelle place a-t-elle au sein du Grand Est ? Au sein de la Lorraine ? », a déclaré le président du Département devant les élus.
La Moselle ne veut pas rester à l’écart
Sans détailler les contours d’un éventuel statut spécifique, Patrick Weiten considère que la Moselle doit anticiper les conséquences d’une possible réorganisation territoriale. « Nous allons réfléchir pour savoir comment les choses vont se faire. Il ne faut pas qu’on loupe le train en train de passer, qui pourrait nous écarter de nos voisins alsaciens et avoir des conséquences sur les compétences régionales qui seraient transportées vers l’Alsace », a-t-il averti. L’élu mosellan a affirmé avoir déjà échangé sur cette question avec plusieurs responsables territoriaux, parmi lesquels « mes collègues lorrains, Frédéric Bierry et des élus de Champagne-Ardenne ». Selon lui, « la Moselle a toute sa place dans la réflexion qui est portée sur une réorganisation de la décentralisation ».
Une prise de position sans opposition frontale à l’Alsace
Patrick Weiten a insisté toutefois sur le fait qu’il ne remet pas en cause la démarche engagée par l’Alsace. Il a rappelé avoir jusque-là évité toute réaction publique sur le sujet. « Je ne me suis jamais exprimé parce que c’est une décision prise par l’Alsace, pleinement et totalement assumée. Et il y a eu concertation avec la population », a-t-il souligné. Le patron du Département rappelle également ne pas avoir contesté les compétences supplémentaires déjà accordées à la Collectivité européenne d’Alsace. « Je n’avais pas voulu réagir non plus quand un pas important avait été franchi par l’État et le gouvernement, accordant quelques compétences supplémentaires à l’Alsace, puisqu’elle restait parmi nous, au sein de la région Grand Est », a-t-il précisé. Mais le vote favorable des députés début avril marque, à ses yeux, un changement de dimension qui impose désormais d’ouvrir le débat.
Droit local, histoire commune et espace transfrontalier
Pour justifier sa démarche, Patrick Weiten a mis en avant plusieurs points de convergence entre la Moselle et l’Alsace. Il a évoqué des coopérations déjà existantes dans le tourisme et l’aménagement du territoire. « Nous avons un certain nombre de points qui nous rassemblent : des limites communes – non pas des frontières -, des politiques communes dans le tourisme, l’aménagement du territoire », explique-t-il. Le président du Département a insisté aussi sur les spécificités historiques et juridiques du territoire mosellan. « Nous avons le droit local, notre histoire si particulière, nous avons nous changé quatre fois de nationalité sans changer de domicile », a-t-il rappelé. Enfin, l’élu a replacé la Moselle dans un cadre européen plus large, soulignant la position stratégique du département « au cœur de la grande région européenne ». À travers cette intervention, Patrick Weiten a affirmé vouloir ouvrir une réflexion dépassant le seul cadre institutionnel. « C’est mon devoir aujourd’hui de poser cette question, et je la pose à tous les niveaux de l’organisation administrative et politique, depuis la commune jusqu’à l’État », a-t-il conclu.
Le précédent alsacien fragilise l’équilibre du Grand Est
La sortie éventuelle de l’Alsace du Grand Est ne relève plus seulement d’un débat identitaire. Le sujet prend désormais une dimension institutionnelle et politique susceptible de rebattre les équilibres de l’Est de la France. Depuis plusieurs mois, la revendication alsacienne a franchi un cap avec l’adoption en première lecture à l’Assemblée nationale de la proposition de loi visant à transformer la Collectivité européenne d’Alsace en collectivité à statut particulier. Cette perspective inquiète directement la présidence du Grand Est. Son président, Franck Leroy, président de la Région Grand Est, dénonce un projet institutionnel « écrit avec les pieds » et met en garde contre les conséquences d’un éventuel démantèlement régional. Selon lui, déconstruire une région de 5,5 millions d’habitants aurait des effets majeurs sur les transports, les universités, les mobilités ou encore les politiques économiques. Franck Leroy a insisté également sur l’absence d’étude d’impact complète concernant une sortie alsacienne. Il rappelle que la Collectivité européenne d’Alsace dispose déjà de compétences spécifiques tout en restant intégrée au Grand Est. Le Président soutient néanmoins l’idée d’une consultation populaire, estimant que « donner la parole aux habitants est une nécessité absolue ».
Dans ce contexte, la prise de parole de Patrick Weiten marque une évolution notable. Jusqu’ici discret sur le sujet, le président du Département estime désormais qu’une recomposition institutionnelle de l’Alsace aurait inévitablement des conséquences sur la Lorraine et la Champagne-Ardenne. La Moselle partage avec l’Alsace plusieurs singularités : droit local, héritage franco-allemand, dimension transfrontalière et coopérations territoriales anciennes. Pour l’exécutif mosellan, ces éléments justifient que le département soit pleinement associé aux discussions sur l’avenir du Grand Est. Dix ans après la création des grandes régions, le débat révèle aussi les limites d’une réforme régulièrement critiquée pour l’éloignement des centres de décision et la difficulté à faire coexister des territoires aux identités très différentes. L’Alsace pourrait ainsi devenir le premier test d’une nouvelle phase de réorganisation territoriale à l’échelle nationale.






