ÉDITO
J’ai effectué un pan de ma scolarité dans un lycée vosgien qui recevait de nombreux Alsaciens, fils de bonne famille, parfois cancres, souvent persuadés de leur supériorité. Ils déployaient une technique simple pour rouler des mécaniques : parler (bruyamment) alsacien, puis rire fort. Nous, Lorrains, parlant le français même sur le verglas, on interprétait ça comme une diversion. Ou un début de sécession. Il m’arrivait également d’y voir un désœuvrement de la diaspora, que la pratique de la langue alsacienne rassemblait et rassurait dans son exil lorrain. De cet épisode de mon adolescence, j’ai conservé une authentique tendresse pour nos cousins d’outre-Vosges. Une certaine méfiance, aussi.
Inscrite dans la niche parlementaire du groupe Renaissance de Gabriel Attal et débattue bientôt au parlement, la loi permettant la sortie de l’Alsace de la région Grand-Est se justifierait ainsi, selon la députée haut-rhinoise macro-attaliste Brigitte Klinkert : « l’Alsace est un territoire singulier qui a une histoire particulière, une cohérence administrative, économique, géographique et transfrontalière forte ». Une ligne de défense qui ne résiste pas deux secondes à un tour de France. Toutes les régions, hormis sur l’aspect transfrontalier, copieront sans peine l’élue alsacienne. Dans les départements aussi, on naviguera peinard sur d’abondantes et passionnantes histoires particulières, à commencer par la Moselle… qui pourrait demander à Gaby Attal le magnifique un statut de principauté.
Blague à part, nous savons que toutes les réformes territoriales mettent en lumière la confrontation des intérêts particuliers et de l’intérêt général. En 2014, lorsqu’était débattue la loi réformant les périmètres des régions, quelques ministres la jouaient perso sur l’air de « fais comme je dis, pas comme je fais ». Ancien président de la région Bretagne et ministre du gouvernement Valls, Jean-Yves Le Drian refusait net l’idée de fusion de la Bretagne avec une voisine. Il obtint le statu quo, créant jalousies et frustrations y compris et à juste titre chez les Alsaciens.
Dans un pays qui confond clarification et digitalisation et traduit le web en panacée, les promesses de simplifications administratives ou territoriales restent des tartes à la crème électorales, et l’on se noie sous la marée des promesses. L’allègement du fameux « mille-feuilles territorial» tarde parce qu’il nécessite une réflexion cohérente, apaisée et posée, à l’échelle de toute la République. La réflexion, le temps, l’apaisement, rien que des bons vieux trucs ringards. Vas-y boomer !






