L’incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana, dans la nuit du Nouvel An, a fait plusieurs dizaines de victimes et bouleversé bien au-delà de la Suisse. Propagation fulgurante, fumées toxiques, évacuation impossible : le drame renvoie à des mécanismes désormais bien connus dans les incendies de lieux recevant du public. Fondateur d’Isolfeu, Hubert Barth y voit le symptôme d’un problème structurel lié aux matériaux combustibles encore largement utilisés. Dans cet entretien, il analyse les causes du sinistre et défend une alternative mise au point par sa structure : une mousse minérale ininflammable, sans toxicité ni dégagement de fumées.
L’incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana a choqué bien au-delà de la Suisse. Quelle a été votre première réaction ?
Avant tout, une réaction profondément humaine. Ce drame s’est produit dans un lieu festif, à un moment censé être joyeux, et il a coûté la vie à de nombreuses personnes en quelques minutes. Très vite cependant, au-delà de l’émotion, une interrogation professionnelle s’est imposée : comment un incendie peut-il devenir aussi rapidement incontrôlable dans un bâtiment recevant du public ? La réponse est malheureusement connue. Elle tient aux matériaux aujourd’hui massivement utilisés, qui présentent presque tous le même défaut : ils sont inflammables et dégagent des fumées toxiques lorsqu’ils brûlent. Ma seconde réaction a été de me dire qu’avec notre technologie, un tel scénario n’aurait tout simplement pas été possible.
Les premières analyses ont insisté sur la rapidité de la propagation et sur les fumées. Cela vous a-t-il surpris ?
Non, malheureusement. Les éléments rapportés à Crans-Montana – inflammation rapide, embrasement généralisé, atmosphère devenue irrespirable – correspondent à un schéma bien identifié. Dans la majorité des incendies meurtriers en milieu clos, ce ne sont pas les flammes qui tuent en premier, mais les fumées toxiques et l’opacité qu’elles génèrent.
Les enquêtes évoquent notamment des matériaux intérieurs d’insonorisation et des éléments de décoration. Pourquoi est-ce si déterminant ?
Parce que les matériaux jouent un rôle central dans la dynamique du feu. Lorsqu’un plafond, une isolation ou un habillage intérieur est composé de produits combustibles, notamment de mousses issues de la pétrochimie, l’incendie change immédiatement d’échelle. Il se nourrit du bâtiment lui-même. À cela s’ajoute la production de gaz extrêmement toxiques – monoxyde de carbone, cyanures – qui rendent toute évacuation quasi impossible.
Dans le cas précis du Constellation, la question des fumées revient souvent dans les témoignages.
Et c’est parfaitement cohérent. Dès que des matériaux synthétiques brûlent, ils produisent en quelques secondes des fumées opaques et hautement toxiques. Les victimes perdent leurs repères, sont désorientées, parfois inconscientes avant même d’avoir vu les flammes. Ce phénomène est aujourd’hui parfaitement documenté.
Peut-on dire que ce type de drame est évitable ?
Oui, et c’est précisément ce qui rend ces événements si difficiles à accepter. On ne peut pas tout empêcher — une étincelle, une imprudence, un dysfonctionnement électrique — mais on peut empêcher qu’un bâtiment devienne un piège mortel. Cela suppose des choix de matériaux radicalement différents. C’est précisément en cela qu’Isolfeu constitue une technologie nouvelle et unique au monde.
Vous remettez donc en cause les isolants couramment utilisés aujourd’hui ?
Je remets en cause un modèle. Les isolants dominants – polystyrène, polyuréthane, résines diverses – sont efficaces sur le plan thermique, mais intrinsèquement dangereux en cas d’incendie. On les qualifie parfois de « retardateurs de flamme », mais ils restent combustibles et surtout fortement émissifs en fumées toxiques. Je tiens à le préciser : il ne s’agit pas de désigner des coupables. C’est simplement la conséquence des limites intrinsèques des matériaux antifeu et isolants actuellement disponibles.
Isolfeu se positionne comme une alternative. En quoi votre matériau diffère-t-il fondamentalement ?
Isolfeu repose sur une rupture simple : supprimer le combustible. Notre mousse est 100 % minérale, géo-sourcée, à base d’argile métakaolinée, sans résine pétrochimique, sans formaldéhyde, sans CFC ni additif toxique. Elle est classée Euroclasse A1, c’est-à-dire totalement ininflammable. Elle constitue une véritable barrière coupe-feu.
Que se passe-t-il lorsqu’elle est exposée au feu ?
Les essais sont sans équivoque. À des températures comprises entre 1 300 et 1 600 °C, et même au-delà, pendant plusieurs heures, la plaque Isolfeu reste structurellement intacte. Il n’y a ni flamme, ni propagation, ni dégagement de fumée, seulement un noircissement superficiel. Quatre centimètres de matériau offrent jusqu’à quatre heures de résistance au feu sans fumées.
En quoi cela aurait-il changé la situation à Crans-Montana ?
Sans réécrire l’histoire, un bâtiment dont les parois et les isolations ne brûlent pas n’alimente pas l’incendie. Les volumes restent praticables plus longtemps, l’air demeure respirable, l’évacuation reste possible. Ce sont des minutes décisives, parfois la frontière entre la vie et la mort.
Isolfeu revendique aussi une dimension écologique forte. Est-ce compatible avec la sécurité incendie ?
C’est indissociable, mais uniquement dans notre cas. Aujourd’hui, avec les matériaux existants, sécurité incendie et écologie sont souvent antinomiques. Les matériaux pétrochimiques sont dangereux pour la santé, pour l’environnement et pour la sécurité. Isolfeu affiche une empreinte carbone quasi nulle à la fabrication, aucune toxicité pour les poseurs et les occupants, et une recyclabilité sans traitement. La sécurité humaine ne devrait jamais être opposée à l’écologie.
Pourquoi ces solutions restent-elles marginales ?
Parce qu’avant nos travaux et nos découvertes – qui constituent des premières mondiales – il n’existait que des solutions issues du pétrole, de la chimie lourde ou des ciments. Par ailleurs, les normes et les habitudes de construction privilégient encore le court terme : coût immédiat, facilité de mise en œuvre. Tant qu’un matériau est autorisé, il est utilisé, même s’il est objectivement dangereux en cas d’incendie, faute d’alternative crédible.
L’incendie du Constellation peut-il changer les mentalités ?
Il devrait. Chaque drame de ce type rappelle brutalement les limites de notre modèle constructif. Mais l’émotion retombe vite. C’est pourtant le moment ou jamais de prendre conscience que tous les établissements recevant du public sont exposés à ce risque. Il ne faut surtout pas croire ceux qui parlent d’un cas isolé : ce type de drame peut se reproduire ailleurs.
À qui s’adresse votre message aujourd’hui ?
Aux décideurs publics, aux collectivités, aux architectes, aux maîtres d’ouvrage. Nous disposons désormais de solutions techniques capables d’empêcher le feu et les fumées de devenir mortels. Ne pas s’y intéresser relève désormais d’un choix. Ignorer ces travaux serait une erreur…
En une phrase, que retenez-vous de Crans-Montana ?
Un incendie n’est jamais seulement un accident : il révèle toujours les matériaux que nous avons choisis pour bâtir. Et tant que les matériaux actuels resteront à ce point combustibles, ce type de drame se reproduira inévitablement.
Propos recueillis par Elias Mari
Contact : hubertbarth@isolfeu.fr / 06 73 60 67 12
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Le 10 novembre 2026, Hubert Barth était l’invité de l’émission « Paroles d’entreprise » sur BFM TV : https://www.bfmtv.com/economie/replay-emissions/l-hebdo-des-pme/video-hubert-barth-isolfeu-isolation-et-protection-feu-09-11_VN-202511090193.html
Test extrême en vidéo du composite Isolfire, une mousse isolante 100 % minérale et ininflammable, confrontée à une flamme de chalumeau dépassant 1600 °C. Contrairement aux isolants classiques (polystyrène, polyuréthane ou résines), Isolfire ne brûle pas, ne se dégrade pas et surtout ne dégage aucune fumée toxique — une avancée majeure pour la sécurité incendie dans les bâtiments. Classé Euroclasse A1, ce matériau offre une résistance thermique exceptionnelle sans propagation ni émission nocive.







