Si la création d’entreprises artisanales poursuit sa progression en France, le dernier baromètre de l’Institut Supérieur des Métiers met en lumière des fragilités spécifiques dans le Grand Est. Entre dynamisme des pôles urbains comme Strasbourg, Metz ou Reims et affaiblissement persistant de nombreux territoires ruraux, l’artisanat régional fait face à un défi majeur : maintenir un tissu économique de proximité équilibré.
Des créations d’entreprises en hausse dans le Grand Est
En 2024, 278 700 entreprises artisanales ont été créées en France, soit une hausse de 11 % en un an, contre +6 % pour l’ensemble des créations d’entreprises. L’artisanat représente désormais près d’une création sur quatre. Rapportée au poids économique du Grand Est, qui concentre environ 7,5 à 8 % des entreprises artisanales nationales, cette dynamique correspond à environ 21 000 à 22 000 nouvelles entreprises artisanales créées dans la région sur l’année. La répartition sectorielle de ces créations reflète la structure nationale : services artisanaux : environ 60 % des créations, soit 12 500 à 13 000 entreprises ; alimentation : près de 20 à 22 %, soit 4 500 à 5 000 entreprises ; fabrication et BTP : environ 18 à 20 %, soit 4 000 à 4 500 entreprises. Ces créations se concentrent principalement dans les grandes agglomérations du Grand Est : Strasbourg, Metz, Reims, Nancy, Mulhouse, Colmar, Thionville ou Troyes, où la densité de population et l’activité économique soutiennent la demande.
L’emploi artisanal : près de 7 000 emplois créés dans la région
À l’échelle nationale, l’artisanat du quotidien a généré environ 87 000 emplois salariés entre 2017 et 2019, dont plus de 9 000 dans l’alimentation, selon l’ISM-MAAF. En appliquant le poids du Grand Est, cela représente environ 6 500 à 7 000 emplois salariés créés dans la région sur la période récente. La répartition sectorielle de ces emplois est très marquée : services artisanaux : près de 60 % des emplois créés, soit environ 4 000 emplois ; alimentation : autour de 25 %, soit 1 600 à 1 800 emplois, fabrication et bâtiment : environ 15 %, soit 900 à 1 100 emplois.
Les services, principal moteur de l’emploi régional
Dans le Grand Est, les services artisanaux constituent le premier moteur de création d’emplois. Les activités de coiffure, de soins de beauté, de nettoyage des bâtiments et de transport de personnes (taxis-VTC) concentrent l’essentiel des recrutements. Ces emplois se localisent majoritairement dans les zones urbaines et périurbaines : Eurométropole de Strasbourg, Metz Métropole, Reims, Nancy, Mulhouse, mais aussi Thionville et Saint-Louis, portées par les dynamiques transfrontalières. À l’inverse, dans des départements plus ruraux comme les Ardennes, la Haute-Marne, la Meuse ou certaines zones des Vosges, la progression reste faible, voire négative dans certains services.
L’artisanat alimentaire, pilier de l’emploi local
L’artisanat alimentaire représente le deuxième pilier régional. À l’échelle nationale, la boulangerie-pâtisserie a créé 8 600 emplois salariés, davantage que la grande distribution sur la même période. Dans le Grand Est, cela correspond à environ 1 400 à 1 500 emplois, auxquels s’ajoutent ceux de la boucherie-charcuterie et des métiers de bouche. Ces emplois restent essentiels dans les villes moyennes et petites centralités comme Langres, Sedan, Bar-le-Duc, Vitry-le-François, Neufchâteau ou Sarrebourg, où chaque entreprise artisanale joue un rôle structurant pour la vie locale. Pourtant, le recul du taux d’équipement des communes fragilise ces équilibres, notamment dans la Marne, l’Aube, la Haute-Marne, les Ardennes et la Meuse.
Fabrication et BTP : des emplois plus stables mais menacés
La fabrication artisanale et le BTP génèrent moins de créations nettes d’emplois, mais offrent des postes plus durables et qualifiés. Dans le Grand Est, ces secteurs représentent environ 1 000 emplois créés, principalement dans le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, la Moselle et la Marne. Toutefois, le vieillissement des dirigeants et les difficultés de transmission freinent le renouvellement, en particulier dans les territoires à faible attractivité économique.
Transmission : un frein majeur à la dynamique régionale
Entre 2023 et 2024, le Grand Est enregistre une baisse de plus de 10 % des cessions de fonds artisanaux, l’une des plus fortes de France. Ce recul concerne particulièrement la Haute-Marne, les Ardennes, la Meuse et l’Aube. À l’échelle nationale, 72 000 entreprises artisanales devront être transmises dans les cinq prochaines années, représentant près de 200 000 emplois salariés. Dans le Grand Est, cet enjeu concerne plusieurs milliers d’entreprises. La hausse du montant médian des fonds cédés (84 950 €) constitue un obstacle supplémentaire à la reprise dans les territoires les plus fragiles.
Un pilier régional à consolider
Avec plus de 21 000 entreprises créées et près de 7 000 emplois générés en 2024, l’artisanat demeure un levier essentiel de développement économique et social dans le Grand Est. Mais le baromètre est clair : sans politiques ciblées sur la transmission, la revitalisation des centres-bourgs et l’accompagnement des créateurs, la dynamique actuelle risque de rester concentrée sur quelques pôles urbains, accentuant les fractures territoriales.
(Source : Baromètre de l’artisanat – Institut Supérieur des Métiers / MAAF, décembre 2025)
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