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Léon XIV à Metz : une journée historique sous haute surveillance 

Aziz MEBARKI Par Aziz MEBARKI
10 septembre 2026
in Société
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Conférence de presse sur la visite du pape Léon XIV à Metz le 28 septembre 2026

Les autorités religieuses et institutionnelles ont présenté le dispositif prévu pour la venue du pape Léon XIV à Metz, le 28 septembre 2026 © DR

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Lundi 28 septembre, Metz accueillera le Pape Léon XIV pour l’ultime étape de son voyage en France. Paix, réconciliation, dialogue interreligieux, mais aussi sécurité, circulation et accueil de dizaines de milliers de visiteurs : à moins de trois semaines de l’événement, les autorités ont détaillé, en conférence de presse, un dispositif hors norme.

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À mesure que l’échéance approche, les contours de cette journée exceptionnelle se précisent. Réunis ce jeudi 10 septembre au Club de la presse et de la communication de Metz-Lorraine, Mgr Philippe Ballot, Évêque de Metz, le général Pascal Péran, coordinateur de l’événement, Pascal Bolot, Préfet de la Moselle, François Grosdidier, Maire de Metz et Président de l’Euro-Métropole, et Patrick Weiten, Président du Département, ont présenté les dernières dispositions entourant la venue de Léon XIV. Derrière les chiffres impressionnants – jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de visiteurs, 6 300 personnels mobilisés sur deux jours, 1 600 bénévoles, 11 kilomètres de barrières et 162 points de contrôle – tous ont voulu rappeler la portée d’un rendez-vous qui dépasse largement la seule visite pastorale. Car le Pape achèvera précisément à Metz son déplacement français, après Paris et Lourdes, en faisant de la capitale mosellane le lieu d’un message adressé à l’Europe. 

Mgr Ballot : la « puissance de la réconciliation » 

Mgr Philippe Ballot a donné immédiatement le ton. « Je ne suis pas là pour prêcher, mais pour présenter cet événement exceptionnel, historique, que sera la visite du pape Léon XIV à Metz. » L’évêque a rappelé que le voyage français s’inscrit sous le thème Pour que le monde ait la vie et que son étape messine sera étroitement liée aux racines européennes. Léon XIV doit notamment prononcer au Centre des congrès Robert-Schuman un discours intitulé Aux racines de l’Europe pour la paix et pour l’unité. Surtout, l’intérêt suscité par cette venue dépasse déjà les limites du diocèse. Luxembourg, Namur, Liège, Spire ou encore Trèves se préparent également à rejoindre Metz. Mgr Ballot a préfèré d’ailleurs parler d’« enthousiasme » plutôt que d’engouement. Il a salué parallèlement la coopération entre l’Église, l’État et les collectivités, y voyant « quelque chose de l’ordre de la concorde », faite de discussions, d’échanges et d’une volonté commune d’avancer. Cette concorde trouve son prolongement dans la rencontre interreligieuse programmée avant le grand discours européen. Metz possède déjà une tradition en la matière avec le Printemps des religions. Or, pour l’évêque, le dialogue entre les croyances ne constitue pas seulement un exercice institutionnel : « Quand les religions dialoguent, elles sont facteurs de paix. » Dès lors, la venue de Léon XIV prend une résonance particulière dans un territoire marqué par trois guerres, dont deux mondiales, et deux annexions. La Moselle peut aujourd’hui témoigner que d’anciens adversaires sont capables de construire un avenir commun. « Les ennemis peuvent devenir des amis. Ce n’est pas une idée en l’air, ce n’est pas une abstraction, c’est une réalité. » Une expérience qui, selon lui, trouve un écho jusque dans des régions actuellement déchirées par les conflits. Mgr Ballot convoque enfin la figure de Robert Schuman pour résumer cette ambition. L’ancien ministre et Père de l’Europe incarnait cette nécessité de conserver une estime de l’autre afin de bâtir ensemble. Ainsi, conclut l’évêque, la réconciliation possède une force propre : « Quand on se réconcilie, il y a une puissance qui se développe, la puissance de la fraternité. » 

Pascal Péran : « accueillir au mieux tous les gens qui vont venir » 

À cette dimension spirituelle succède immédiatement l’organisation pratique. Missionné par le diocèse, le général Pascal Péran est l’un des trois coordinateurs du voyage papal en France, avec ses homologues de Paris et Lourdes. À Metz, sa priorité tient en quelques mots : « Mon challenge aujourd’hui, c’est d’accueillir au mieux tous les gens qui vont venir. » Encore faut-il savoir combien ils seront. Au mois de mai, une première consultation menée auprès du réseau des directeurs diocésains des pèlerinages faisait apparaître environ 20 000 intentions de participation. Puis la billetterie gratuite, d’abord ouverte aux groupes avant de l’être aux particuliers, a fait grimper le compteur jusqu’à 40 000 intentions. « Viendront-ils tous ou pas, je ne sais pas, mais 40 000 intentions, c’est lourd », observe le coordinateur. Un autre indicateur ne trompe guère : les hébergements messins et ceux des environs affichent complet depuis plusieurs semaines. Face à cet afflux, quatre « pap-zones » réglementées ont été définies. L’une se situera sur le parvis des Droits-de-l’Homme et les trois autres autour de la cathédrale, places d’Armes, de Chambre et Jean-Paul-II, cette dernière étant prolongée vers le Marché couvert. Saint-Étienne accueillera environ 2 000 personnes à l’intérieur tandis que 10 500 fidèles pourront participer à la célébration dans les espaces extérieurs réservés, notamment grâce à des écrans géants. Après avoir vérifié les billets réellement utilisés par les groupes, l’organisation a récupéré près d’un millier de places qui seront remises à disposition des particuliers. En revanche, une hypothèse est désormais définitivement abandonnée : le stade Saint-Symphorien ne sera pas ouvert. Moins de 10 000 personnes avaient manifesté leur intérêt et, surtout, le Pape n’aurait pas pu s’y rendre compte tenu de son emploi du temps. « Même en tordant ce programme dans tous les sens », aucun créneau n’a pu être dégagé, précise Pascal Péran. Pour autant, l’absence de billet n’empêchera pas de voir Léon XIV. La déambulation en papamobile s’étendra sur environ 2,2 kilomètres et restera largement accessible. Avenue Foch, place de la République, Esplanade et secteur du Temple Neuf permettront à plusieurs dizaines de milliers de personnes de se positionner le long du parcours. La place de la République et l’Esplanade pourront notamment absorber une foule considérable. 

L’accueil constitue l’autre défi. Depuis la fin du mois de mai, Pascal Péran travaille avec une équipe d’une quinzaine de bénévoles et plusieurs salariés de l’évêché. Le 28 septembre, ils seront 1 600 à guider les visiteurs. Plusieurs centaines d’autocars sont attendus et des points de dépose seront aménagés à quinze ou vingt minutes à pied des principaux sites, avant que les véhicules ne rejoignent leurs zones de stationnement. Enfin, face à la saturation hôtelière, une bourse au logement a été créée. Elle doit rapprocher les pèlerins sans hébergement de particuliers disposant d’une chambre à Metz ou dans les environs. Une condition est posée : l’accueil doit rester gratuit. « Je ne peux pas rentrer dans une démarche mercantile », insiste le général, qui appelle les Mosellans à ouvrir leurs portes. 

6 300 personnels et 162 points de contrôle 

Avec le Préfet Pascal Bolot, la conférence a basculé, selon sa propre formule, « du spirituel à l’opérationnel ». Pour le Préfet, l’ampleur du rendez-vous impose un dispositif sans précédent : « Pour un événement exceptionnel, on aura un dispositif de sécurité qui sera aussi exceptionnel. » Son centre névralgique sera installé à la Préfecture, où 150 à 200 personnes suivront simultanément la protection des personnes et des biens, les déplacements officiels et les flux entrant dans Metz. Une liaison permanente sera établie avec le centre de supervision de l’Eurométropole tandis qu’une surveillance aérienne complétera l’ensemble. Sur les journées des 27 et 28 septembre, près de 6 300 policiers, gendarmes, sapeurs-pompiers et membres des associations de sécurité civile seront mobilisés. À ces effectifs s’ajouteront les 1 600 bénévoles du dispositif diocésain. Des renforts viendront de toute la zone Grand Est mais également du niveau national. Cependant, le Préfet veut éviter de transformer Metz en ville morte : « Il ne s’agit pas de sanctuariser la ville et de créer des zones complètement verrouillées. » L’objectif consiste au contraire à maintenir son fonctionnement normal aussi longtemps que les impératifs de sécurité le permettent. 

Les premières contraintes seront visibles dès le dimanche 27 septembre à 17 h. Plus de 11 kilomètres de barrières seront alors déployés, notamment le long du parcours et autour des lieux accueillant le public. Dans le même temps débuteront les opérations de déminage des itinéraires empruntés par le pape et les délégations. Une fois les secteurs contrôlés, policiers et gendarmes veilleront durant toute la nuit à ce qu’aucun élément nouveau ne puisse y être introduit. Cinq cents agents seront affectés à cette seule mission nocturne. Le lendemain, Léon XIV doit atterrir vers 9 h 20 à Metz-Nancy-Lorraine. L’aéroport sera entièrement sécurisé et aucun autre vol n’y sera accueilli. Un scénario permettant de neutraliser temporairement une portion d’autoroute pendant une vingtaine de minutes a également été testé. Son activation définitive dépendra toutefois de la situation le jour même. En ville, trois grands périmètres opérationnels ont été définis : le secteur gare-Centre des congrès-parvis des Droits-de-l’Homme, celui de l’évêché où le pape observera une pause à la mi-journée, puis le cœur historique autour de la cathédrale. 

Le filtrage sera conséquent. Les véhicules des riverains pourront sortir des secteurs concernés jusqu’aux environs de 7 h ou 7 h 30, mais leur retour ne sera pas possible avant le soir. Au total, 162 points de contrôle seront déployés. Pour les piétons, l’accès restera possible, moyennant vérification des sacs, contrôle éventuel d’identité et justification de la présence lorsqu’elle sera nécessaire. Riverains, salariés et commerçants pourront donc rejoindre leur domicile ou leur lieu de travail. En revanche, les trois espaces immédiatement attenants à la cathédrale fonctionneront avec une jauge stricte de 10 500 personnes, accessible par QR code. Ceux qui n’auront pas ce sésame pourront se diriger vers la place de la République et l’Esplanade, équipées d’écrans géants. Pascal Bolot recommande également de prévoir l’attente, notamment avec un siège pliant pour ceux qui en auraient besoin. Les commerces pourront rester ouverts, même si les terrasses d’été devront être retirées. Enfin, le volet sanitaire comprendra 350 sapeurs-pompiers, une centaine de membres de la sécurité civile coordonnés par l’Ordre de Malte et trois postes médicaux avancés. 

François Grosdidier : « Ne cherchez pas à rentrer en voiture » 

Le maire de Metz François Grosdidier a replacé d’abord l’événement dans l’histoire messine. Selon lui, la capitale mosellane connaît intimement « le prix de la guerre et la valeur de la paix ». Sa coopération quotidienne avec Luxembourg, Trèves et Sarrebruck, les quelque 20 000 travailleurs franchissant les frontières ou encore les bientôt 70 ans du jumelage entre Metz et Trèves donnent une traduction contemporaine à la réconciliation évoquée par Mgr Ballot. « Nos pires ennemis sont devenus nos meilleurs amis », a souligné le Maire, qui voit dans le choix de Metz une résonance d’autant plus forte que l’Europe traverse de nouvelles tensions. Le message pontifical, estime-t-il, s’adressera ainsi bien au-delà des catholiques. La rareté du rendez-vous renforce encore sa portée : avant Léon XIV, Metz avait accueilli Jean-Paul II en 1988 et Léon IX en 1045. 

Pour la Ville et l’Euro-Métropole, l’équation consiste désormais à conjuguer sécurité, vie quotidienne et accueil d’une foule que François Grosdidier évalue entre 50 000 et 100 000 personnes. Les Messins doivent pouvoir continuer à travailler, les élèves rejoindre leurs établissements et les commerces fonctionner. En revanche, la voiture devra être évitée. « Le message, c’est : ne cherchez pas à rentrer à Metz en voiture ce jour-là. » Les restrictions de stationnement commenceront plusieurs jours auparavant autour de la cathédrale avant de s’étendre progressivement. Le 28 septembre, la plupart des parkings du centre et de la gare seront inaccessibles. À l’inverse, les transports urbains seront gratuits toute la journée. Les bus s’arrêteront aux limites du périmètre sécurisé et les visiteurs seront invités à utiliser les parkings relais avant d’achever leur trajet à pied. L’offre ferroviaire sera, elle aussi, renforcée : des TER supplémentaires circuleront notamment depuis Strasbourg, Nancy et Verdun, tandis que 6 000 places supplémentaires seront proposées sur certaines liaisons, en particulier entre Forbach et Metz. À la gare, seule l’entrée située place du Général-de-Gaulle restera accessible. 

Cette journée aura également un coût. François Grosdidier a chiffré l’effort régional à un peu plus de 200 000 euros, notamment pour la neutralisation de l’aéroport et le renforcement ferroviaire. L’Eurométropole consacrera environ 45 000 euros aux mobilités et 80 000 euros à la mise à disposition du Centre des congrès pendant trois jours. La Ville engagera, pour sa part, environ 300 000 euros. Au-delà de la dépense immédiate, le maire mise cependant sur des retombées considérables. Hôtels et restaurants bénéficieront directement de l’affluence, mais l’impact pourrait se prolonger bien après le départ du Pape. Les images de la cathédrale, du cœur historique et des rues de Metz seront diffusées à travers le monde. Pour François Grosdidier, aucune campagne touristique classique n’aurait permis d’obtenir une telle exposition : « Je n’aurais pas rêvé que la campagne de communication aurait investi cent fois les montants, des dizaines de millions d’euros, qu’on n’aurait pas le dixième de l’impact que cela va avoir. » 

Robert Schuman en fil rouge 

Patrick Weiten, pour sa part, a inscrit enfin la visite dans une perspective à la fois mosellane, européenne et internationale. Pour le Président du Département, la venue de Léon XIV constitue un événement planétaire autant qu’historique. Il a insisté notamment sur la coïncidence symbolique entre l’entrée du Pape dans la cathédrale Saint-Étienne et l’histoire de Robert Schuman. Soixante-trois ans auparavant, la dépouille de celui qui demeure l’une des grandes figures de la construction européenne avait elle aussi été conduite dans l’édifice messin. À ses yeux, cette mémoire participe pleinement au sens de la venue de Léon XIV et à la place accordée à Metz dans un voyage dominé par les thèmes de la paix, de l’unité et de la réconciliation. Le Département prendra parallèlement sa part dans l’organisation, à la fois financièrement et matériellement. Ses services seront mobilisés, notamment sur les routes et la gestion des flux, tandis que les moyens du SDIS contribueront au dispositif de secours. Patrick Weiten souligne également la dimension territoriale de l’arrivée du souverain pontife : avant de rejoindre Metz, Léon XIV posera le pied en Moselle à l’aéroport Metz-Nancy-Lorraine, point d’entrée d’une journée dont les images feront le tour du monde. Reste toutefois un regret pour le Président du Département. Le programme particulièrement serré de Léon XIV ne prévoit pas de passage par la Maison de Robert Schuman à Scy-Chazelles, propriété du Département. Patrick Weiten aurait souhaité que ce haut lieu de la construction européenne trouve sa place dans cette journée placée sous le signe de la paix et de l’unité. À défaut d’une visite du souverain pontife, il espère qu’une délégation pourra se rendre sur la tombe de Robert Schuman, prolongeant ainsi le lien symbolique entre la venue du Pape en Moselle et l’héritage de l’un des Pères de l’Europe. 

Tags: Cathédrale Saint-ÉtienneEurométropole de MetzFrançois GrosdidierLéon XIVMetzMosellepapePascal BolotPascal PéranPatrick WeitenPhilippe BallotRobert SchumanVaticanvisite papale
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Aziz MEBARKI

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