ÉDITO
Nous sommes des citoyens et nous avons le droit de faire entendre notre voix ». Pour Kylian Mbappé, pas question d’avaler la pilule des pusillanimes et leur recommandation « Sois bon et tais-toi ». « Je sais quelles conséquences cela peut avoir pour mon pays lorsque des gens comme eux [le RN] arrivent aux commandes », avait-il déclaré à Vanity Fair. Alors, il plut des attaquants, et Jordan Bardella vite déboula, cinglant : « Et moi, je sais ce qui arrive lorsque Kylian M’Bappé quitte le PSG : le club gagne la Ligue des champions ». Il plut aussi des défenseurs, et Michel Sardou fut de ceux-ci : « C’est bien qu’il ait ses propres idées, c’est un champion mais c’est aussi un citoyen qui a le droit de dire : je suis pour ça et contre ça ».
Le Lorrain, ancien patron des Bleus, Michel Platini, réagit lui aussi. Très élégamment, il exprime son désaccord avec Mbappé sur la méthode : « Il a raison de prendre [des positions politiques] quand il n’est pas avec le brassard de capitaine. Avec le maillot et le brassard, tu joues pour tous les Français, c’est plus compliqué ».
Michel Platini, depuis longtemps, se méfie du mélange foot/politique. En 1978, la Coupe du monde est organisée en Argentine, qui vit à cette époque sous un régime de dictature militaire. Certains stades voisinent les centres d’emprisonnement et de torture des opposants politiques. Quelques équipes réagissent, les Suédois par exemple, allant à la rencontre des Mères de la place de mai dont les enfants ont disparu et qui se rassemblent chaque jeudi. En France, des voix appellent au boycott de l’événement. « Ça va pas, non ? Ça fait quatre ans qu’on se prépare. J’irai à Buenos Aires à la nage s’il le faut », balance Platoche. Sur place, son collègue Dominique Rocheteau tente une réunion des Bleus pour faire admettre au minimum le port d’un brassard noir sur le terrain, en signe d’opposition à la dictature. Initiative habilement enterrée par l’entraîneur Michel Hidalgo : « Nous n’allons pas à la rencontre d’un régime mais d’un peuple ».
Aux États-Unis, hôtes de la 23e Coupe du monde jusqu’au 19 juillet, pas (ou peu) de remous, encore moins d’appel notable au boycott. Certains, l’arme au pied, guettent la réponse à la question : Trump est-il un dictateur ? En attendant, dans ce débat vieux comme le monde sur le foot soluble dans la politique, Kylian Mbappé a marqué un point, taclant ceux qui l’injurient pour le faire taire et rappelant une évidence : chacun est libre de parler ou de fermer sa gueule. C’est même la marque d’une démocratie bien vivante.






