L’année 2025 confirme le ralentissement du marché du travail lorrain. Industrie, commerce, construction, intérim : la plupart des grands secteurs reculent. Dans ce contexte plus fragile, seuls l’hébergement-restauration et l’essor continu des travailleurs indépendants maintiennent encore une dynamique positive.
En Lorraine, selon le bilan 2025 publié conjointement par l’Urssaf Lorraine et la Mutualité sociale agricole Lorraine, les chiffres traduisent désormais une économie qui s’essouffle progressivement. Sans effondrement brutal, le marché du travail régional entre néanmoins dans une phase de ralentissement généralisé où plusieurs secteurs historiques perdent simultanément de la vitesse. En 2025, l’emploi salarié privé recule de 0,8 % sur un an dans l’ancienne région lorraine, soit 4 570 postes supprimés. À l’échelle nationale, la baisse atteint 0,3 %, correspondant à 53 300 emplois perdus. Cette contraction touche presque tous les grands secteurs. Les services hors intérim et hors hôtellerie-restauration demeurent le premier employeur régional avec 245 480 salariés, mais perdent malgré tout 860 postes sur un an (-0,3 %). L’industrie, elle, enregistre le recul le plus marqué avec 2 060 emplois supprimés (-1,9 %) pour un total de 105 190 salariés. Le commerce poursuit également sa baisse avec 850 postes en moins (-0,9 %), tandis que la construction abandonne 550 emplois (-1,2 %). Quant à l’intérim, souvent observé comme un indicateur avancé des tensions économiques, il continue de décroître avec 440 postes supprimés (-2 %). Cette dégradation simultanée révèle un climat de prudence généralisée. Les entreprises restent confrontées à des coûts élevés, aux incertitudes internationales ainsi qu’à une consommation moins dynamique. Dans les territoires industriels, la situation apparaît particulièrement sensible, notamment pour les activités dépendantes des commandes extérieures ou de l’investissement.
Une agriculture sous pression
Le secteur agricole n’échappe pas à cette fragilité économique. Le constat dressé par la Mutualité Sociale Agricole Lorraine évoque un environnement marqué par la multiplication des aléas climatiques, sanitaires et une crise institutionnelle persistante. Les tensions géopolitiques, les droits de douane ou encore les interrogations sur la compétitivité des filières européennes renforcent cette instabilité. À cela s’ajoute une inquiétude démographique majeure. Près de 19 000 cessations d’activité sont attendues dans les cinq prochaines années. Le vieillissement du monde agricole devient ainsi un enjeu central. En Lorraine, un chef d’exploitation sur deux a désormais plus de 50 ans et un sur cinq dépasse les 60 ans.
Fin septembre 2025, la Lorraine comptait 20 445 salariés agricoles, soit une baisse de 4,4 % sur un an. Les situations diffèrent toutefois selon les secteurs. Les exploitations agricoles emploient 6 601 salariés et enregistrent une légère diminution de 1 %. Derrière cette moyenne se cachent néanmoins des réalités contrastées : l’élevage progresse de 7,7 %, tandis que les cultures spécialisées reculent de 3,2 %. Les coopératives résistent davantage avec une hausse de 1,2 % des effectifs. Les coopératives laitières enregistrent même une progression de 1,8 %. En revanche, les entreprises de travaux agricoles, du paysage et des jardins connaissent une forte chute de leurs effectifs : -22,5 % sur un an. Le secteur forestier fait figure d’exception avec une progression de 2,5 % de l’emploi salarié. Les Vosges concentrent à elles seules 48 % de l’emploi forestier lorrain.
L’autoentrepreneuriat continue de transformer le marché du travail
Alors que le salariat ralentit, le travail indépendant poursuit sa progression. Fin 2024, la Lorraine compte 119 500 travailleurs indépendants, soit une hausse annuelle de 6,1 %, supérieure à celle observée dans l’ensemble du Grand Est (+5,6 %). Cette croissance repose principalement sur les autoentrepreneurs, qui représentent désormais 60 % des travailleurs indépendants lorrains, soit près de 73 000 personnes. Leur nombre progresse de 9,7 % en un an, tandis que les indépendants classiques augmentent plus modestement de 1 %. Les profils diffèrent fortement selon les statuts. Les autoentrepreneurs exercent surtout dans les services personnels, le conseil, les activités de soutien ou encore la livraison. Les indépendants classiques demeurent davantage présents dans la santé, le commerce ou la construction.
L’écart de revenus reste toutefois considérable. Le revenu annuel moyen atteint environ 7 000 euros chez les autoentrepreneurs contre 47 800 euros chez les indépendants classiques. La Moselle affiche la progression la plus importante des départements lorrains avec +6,7 %. Cette poussée de l’activité indépendante traduit autant une recherche d’autonomie professionnelle qu’une adaptation progressive à un marché du travail devenu plus flexible et plus fragmenté.
L’hébergement-restauration résiste encore
Dans ce contexte économique plus tendu, un secteur continue néanmoins de créer de l’emploi : l’hébergement-restauration. Avec 32 890 salariés, cette branche représente désormais 6 % de l’emploi salarié privé régional. Sur un an, les effectifs progressent de 0,6 %, soit 180 postes supplémentaires. Plus révélateur encore, 84 % des salariés du secteur travaillent dans la restauration. Malgré les tensions persistantes sur le recrutement, la hausse des charges et la difficulté à fidéliser les équipes, le secteur conserve une forte intensité de main-d’œuvre et continue d’absorber une partie des besoins d’emploi locaux. Cette résistance contraste avec la dégradation observée dans plusieurs secteurs industriels ou agricoles. Elle illustre aussi le poids croissant des activités de proximité dans l’économie régionale.
L’Urssaf, un observatoire stratégique des territoires
Au-delà du simple recouvrement des cotisations sociales, l’Urssaf revendique désormais un rôle d’observateur économique territorial. Grâce aux données issues notamment de la déclaration sociale nominative (DSN), l’organisme suit avec précision l’évolution de l’emploi salarié, des embauches, des revenus ou encore de la situation financière des entreprises. Plusieurs séries statistiques de l’Urssaf sont aujourd’hui labellisées par l’Autorité de la statistique publique, garantissant la qualité méthodologique des données ainsi que le respect du secret statistique. À travers ses publications Stat’UR, ses données en open data et ses partenariats avec les acteurs institutionnels, l’organisme affirme contribuer à objectiver les tendances économiques locales. Dans une économie devenue plus mouvante, cette capacité d’observation devient stratégique pour les collectivités, les organisations professionnelles et les services de l’État. Derrière les grandes moyennes régionales, les écarts territoriaux et sectoriels se creusent parfois silencieusement. Les statistiques apparaissent ainsi comme un outil de compréhension de plus en plus essentiel pour anticiper les fragilités économiques locales.






