ÉDITO
On me rhabilla un jour pour l’hiver, m’accoutrant de l’adjectif ringard. En cause, un éditorial où je prenais la défense de la gent nostalgique. C’était il y a 25 ans, bien avant que l’affreux anglicisme vintage ne devienne à la mode. Je contestais simplement le classement de la mélancolie comme une maladie et, dans un même élan foutraque, j’accomplissais mon outing : oui, je collectionne les cruches des années 80, les téléphones oranges à fil et les vinyles de François Valéry. Quelques membres de mon cercle amical, les lecteurs de Télérama en tête, prenaient leurs distances. Les plus malins continuaient de m’inviter dans leurs soirées apéritives, heureux d’avoir trouvé leur caution réactionnaire.
Le 8 mai dernier, j’avoue ma surprise, l’intello France Inter consacrait une journée aux années 80. Une célébration devenue une opération commerciale très rentable, dans les médias, au cinéma, l’automobile, la musique, l’habillement. Mais ceci nous dit d’abord une chose simple : nous aimons le passé parce que nous avons peur de l’avenir. Les formes, les parfums, les couleurs, les sons des mobylettes, mêmes les politiques, tout ce qui dessinait ces années 80, forment une bulle dans laquelle nous aimons nous réfugier.
Ce qui nous arrive avec la nostalgie de ces années-là touche aussi des plus jeunes avec les années 2000 et 2010. Le phénomène n’a pas échappé non plus aux Français découvrant le chômage et le sida dans les années 70 et 80, jaloux des Trente glorieuses (1945/75), pourtant pas folichonnes dans tous les registres, n’est-ce pas Mesdames ? Quant aux enfants de l’après 2e Guerre ou de l’immédiat avant-guerre, ils idéalisaient la Belle époque ou les années 20. L’écrivain Stefan Zweig, désespéré en 1940, évoquait « le souvenir d’une sage insouciance de vivre s’affirmant dans la beauté des formes, la douceur du climat, la richesse et la tradition ».
Le danger le plus tranchant de 2026 ressemble à un choix, entre deux névroses : ou nous adoptons totalement la fuite en avant, enthousiastes et béats devant n’importe quelle trouvaille moderne ; ou la fuite en arrière nous paralyse et nous exaltons un passé que nous avons aimé pour des raisons parfois imperceptibles. Comme souvent, c’est un équilibre qu’il faut explorer. Partir à la découverte de notre époque et y aller lentement, à l’inverse des injonctions de notre temps. On observe ainsi de plus près la fantastique production d’idées neuves, partout dans le pays, et on croise l’armée des motivés, des créatifs et des généreux, bien trop discrète.






