À Ancy-Dornot, en Moselle, la réhabilitation thermique de la mairie illustre une évolution des pratiques de rénovation du bâti public. En mobilisant de la laine de mouton soufflée issue d’une filière locale structurée, ce chantier démonstrateur accompagne l’entrée de la coopérative MOS-Laine dans une nouvelle phase de développement, à la croisée des enjeux agricoles, industriels et environnementaux.
Dans les combles de la mairie, cinquante centimètres de laine de mouton ont remplacé des décennies de déperditions thermiques. L’ancienne mairie-école, énergivore, devient ainsi un démonstrateur grandeur nature, alors que la rénovation énergétique du patrimoine public s’impose comme une priorité nationale. Pour Stéphane Ermann, Président de MOS-Laine, ce chantier dépasse le symbole. « Cela marque une étape clé pour nous, puisque c’est le premier chantier en laine soufflée que nous réalisons », souligne-t-il. Une avancée rendue possible par un long travail de structuration technique et réglementaire, sans lequel l’accès à la commande publique serait resté fermé. Autour de lui, le projet a réuni la commune d’Ancy-Dornot et l’architecte Laurent Marciniak, appuyés par un écosystème territorial associant Parc naturel régional de Lorraine et de l’entreprise SBI pour la mise en œuvre.
Un sésame réglementaire décisif
Si la laine de mouton est utilisée de longue date dans le bâtiment, sa reconnaissance officielle constituait un verrou majeur. « L’avis technique expérimental était obligatoire, notamment pour tout ce qui est assurantiel », insiste Stéphane Ermann. Obtenue début décembre auprès du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB), cette appréciation technique d’expérimentation clôt près de trois années de travail. « Elle ouvre l’accès aux marchés publics en garantissant l’assurabilité de notre solution », souligne-t-il. Aujourd’hui, MOS-Laine dispose d’un cadre reconnu pour son isolant en flocons de laine à souffler sous combles. « Nous sommes les seuls en France à disposer d’un avis technique expérimental valide pour de la laine soufflée », rappelle-t-il. Cette reconnaissance repositionne la coopérative sur un marché encore émergent, mais appelé à croître rapidement. Pourtant, le choix de l’isolant n’allait pas de soi. « Dans le programme Interreg DÉFI-Laine, on nous avait clairement dit : faites tout sauf de l’isolant », se souvient Stéphane Ermann. Contre cet avis, la coopérative fait le pari du volume. « Il fallait continuer à y croire », tranche-t-il.
Redonner de la valeur à la laine

Derrière la performance thermique, MOS-Laine revendique un projet agricole structurant. « Là où toutes les races se retrouvent, c’est quasiment dans l’isolant », explique Stéphane Ermann. « Le cœur du projet, c’est de ramener de la valeur ajoutée dans les élevages », affirme-t-il. Jusqu’ici, la laine française quittait massivement le territoire. « Près de 90 % de la laine allait en Chine », rappelle-t-il, générant une valeur ajoutée hors d’Europe. Créée en 2021 à Réchicourt-le-Château, MOS-Laine fédère aujourd’hui 144 éleveurs du Grand Est. En 2025, 20 tonnes de laine ont été collectées pour un chiffre d’affaires de 150 000 euros, des volumes jusqu’alors transformés en Belgique ou dans le Nord.
Du chantier pilote à l’outil industriel
L’année 2026 doit marquer un tournant. MOS-Laine s’apprête à intégrer 2 400 m² d’ateliers et de stockage sur le site de Bataville, l’ancienne cité-usine Bata, réhabilitée par la communauté de communes Sarrebourg Moselle Sud. La production industrielle doit démarrer fin du premier semestre. « On a perdu deux à trois ans en raison des contraintes administratives », reconnaît Stéphane Ermann, tout en jugeant le résultat « plus que satisfaisant ». Le site produira des flocons isolants pour le bâtiment, mais aussi des feutres de paillage et des feutres techniques destinés à l’automobile, à l’aéronautique ou à l’habillement. Une diversification pensée pour sécuriser les débouchés et absorber les volumes collectés. À terme, la coopérative vise 2 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel et la création de sept emplois. « Convaincre les banquiers n’a pas été simple », admet Stéphane Ermann, soulignant le rôle déterminant du modèle coopératif. Le chantier d’Ancy-Dornot en apporte la œuvre, soit huit tonnes de laine brute issues des fermes. « On a aujourd’hui un coup d’avance », résume Stéphane Ermann. À Ancy-Dornot, cette avance s’inscrit désormais dans la matière même du bâtiment.
La Moselle en première ligne
Au-delà de l’expérimentation technique, le projet MOS-Laine s’inscrit dans une trajectoire soutenue par les pouvoirs publics. L’État accompagne la démarche à travers plusieurs dispositifs nationaux, dont le Plan de relance, mobilisé en faveur de la réindustrialisation et de la transition écologique. Mais c’est surtout le Département de la Moselle qui joue un rôle structurant. La collectivité a appuyé la montée en puissance de la coopérative et à la structuration de l’outil industriel, affirmant un engagement durable en faveur de la valorisation des ressources locales et du maintien de la valeur ajoutée sur le territoire. Ainsi une subvention de 307 000 euros a été attribuée par l’Assemblée départementale, dès 2021, pour soutenir ce projet sur le long terme. Le Président Patrick Weiten a d’ailleurs réaffirmé récemment devant la presse l’engagement du Département en faveur de MOS-Laine, inscrivant la coopérative dans la stratégie départementale de transition écologique, d’appui aux filières agricoles et de relocalisation industrielle. La Région Grand Est accompagne également le projet, notamment via ses politiques en faveur des matériaux biosourcés et de la rénovation énergétique des bâtiments publics, à l’image du programme Climaxion.






