À l’issue du discours d’ouverture de la première réunion trimestrielle de l’Assemblée départementale, Patrick Weiten, Président du Conseil départemental de la Moselle, a tenu une conférence au Club de la presse de Metz-Lorraine, quai Paul-Wiltzer, ce lundi en fin de matinée. Entre tensions budgétaires, pression sociale croissante, choc démographique, lourdeurs administratives et paris industriels, il a livré un propos dense, offensif et sans faux-semblants : celui d’un Département sommé de tenir, tout en continuant d’investir.
Un budget départemental sous contrainte structurelle
Dès l’entame de sa conférence de presse, Patrick Weiten s’attarde longuement sur la situation budgétaire du Département, qu’il qualifie sans détour de structurellement contrainte. La Moselle, comme l’ensemble des départements français, a perdu l’essentiel de sa fiscalité propre et dépend désormais presque exclusivement des dotations de l’État. Or celles-ci restent, à l’heure du vote du Budget de la nation, largement incertaines. « Nous ne connaissons toujours pas le montant exact des dotations qui nous seront attribuées », constate-t-il, décrivant une situation devenue quasi permanente. Dans ce contexte, le budget départemental est construit selon une logique de prudence maximale. « Nous sommes sur un budget minimaliste dans les recettes et maximaliste dans les dépenses », explique le président, soulignant que l’exercice a été préparé dès l’été précédent, ligne par ligne, sans angle mort. Cette méthode, insiste-t-il, n’a rien de théorique : elle vise à préserver la capacité du Département à assumer ses compétences essentielles, malgré un environnement financier de plus en plus instable. Au-delà des chiffres, Patrick Weiten pointe un déséquilibre politique profond. « On nous a retiré les leviers fiscaux en nous promettant une compensation dynamique. Elle n’a jamais été au rendez-vous ». Résultat : les départements se retrouvent en première ligne sur les politiques les plus coûteuses, sans marge de manœuvre réelle pour ajuster leurs ressources. Une situation qu’il juge dangereuse à moyen terme, tant elle fragilise l’investissement public local, pourtant essentiel à l’attractivité et à la cohésion territoriale.
Solidarités : une pression sociale devenue permanente
C’est dans le champ des solidarités que la tension budgétaire est la plus vive. En un an, les dépenses sociales du Département ont augmenté de 20 millions d’euros, touchant simultanément la protection de l’enfance, le handicap, l’autonomie et les personnes âgées. « Ce n’est pas seulement un problème financier, c’est un problème humain et intellectuel », martèle Patrick Weiten, conscient de l’ampleur des enjeux. La protection de l’enfance concentre une part croissante de cette pression. Le Département accueille aujourd’hui 2 300 enfants, un chiffre qui pourrait atteindre 2 500 d’ici la fin de l’année. « C’est le délitement familial », affirme-t-il, évoquant des situations de plus en plus lourdes, parfois dès les premiers mois de vie. Le Président décrit un système sous tension constante, confronté à des besoins croissants et à une pénurie chronique de professionnels qualifiés. Le constat est tout aussi alarmant concernant le grand âge. Avec 400 places manquantes en EHPAD, la Moselle fait face à une réalité quotidienne difficile. « Il n’y a pas une journée sans qu’une famille ne vienne me voir », confie Patrick Weiten, décrivant des sorties d’hôpital sans solution d’accueil, entraînant une perte d’autonomie rapide et des situations humaines parfois dramatiques. À cela s’ajoute l’impossibilité de recruter suffisamment de personnels, malgré les moyens engagés. Pour le Président, cette accumulation de tensions révèle une fracture plus profonde : celle d’un modèle social à bout de souffle, reposant de plus en plus sur les collectivités locales sans accompagnement suffisant de l’État.
Démographie : un basculement silencieux mais massif
À la pression sociale s’ajoute un phénomène que Patrick Weiten qualifie de « brutal » : le choc démographique. « À la prochaine rentrée scolaire, nous perdrons 2 300 élèves dans les écoles élémentaires », annonce-t-il. Un chiffre presque doublé par rapport à l’année précédente, révélant une accélération nette du phénomène. Cette baisse s’explique par plusieurs facteurs structurels : la chute du taux de fécondité, passé de 2,5 à moins de 1,8 enfant par couple, le recul de l’âge des maternités et des déséquilibres territoriaux internes. Certaines zones, notamment frontalières, continuent de gagner des habitants, tandis que d’autres, comme la Moselle-Est, voient leur population reculer. « Ce n’est pas du marc de café », insiste le président. « Les enfants qui n’entrent pas en primaire aujourd’hui n’entreront pas au collège demain ». Pour Patrick Weiten, cette évolution impose une rupture avec la gestion à court terme. « Nous n’avons plus le droit de fonctionner année par année », affirme-t-il, appelant à une vision prospective à l’horizon 2030 et au-delà. Anticiper les effets de cette vague démographique devient, selon lui, une responsabilité politique majeure, tant pour l’éducation que pour l’aménagement du territoire.
Collèges : maintenir l’investissement malgré la baisse annoncée
Face à la diminution annoncée des effectifs scolaires, Patrick Weiten refuse toute logique de renoncement. « On ne peut pas arrêter d’investir sous prétexte que les effectifs vont baisser », tranche-t-il. Le Département poursuit donc son plan pluriannuel d’investissement, avec plusieurs collèges récemment reconstruits ou rénovés, notamment à Fontoy, Stiring-Wendel et Saint-Avold. D’autres projets sont programmés, à Rémilly ou à Cattenom. Les freins, précise le Président, ne sont pas financiers mais fonciers et administratifs. « Nous avons les moyens. Ce qui bloque, ce sont les terrains, les délais, les règles ». Certaines communes ont joué le jeu, mettant à disposition le foncier nécessaire, d’autres non, ralentissant des projets pourtant prêts. Dans ce contexte, Patrick Weiten défend une approche pragmatique : la reconversion de lycées fermés par la Région pour y implanter des collèges. « Construire à côté de bâtiments vides n’a aucun sens », affirme-t-il, évoquant des discussions engagées sur plusieurs sites (Metz, Behren et Forbach). Parallèlement, la fréquentation des cantines scolaires continue d’augmenter, avec 3 millions de repas servis chaque année, malgré la baisse des effectifs globaux.
Mobilités : saturation, retards et colère froide
Sur les mobilités, le discours de Patrick Weiten se fait plus incisif, presque agacé. Il dénonce une accumulation de projets indispensables mais constamment retardés. L’A31 bis incarne, selon lui, cette incapacité chronique à passer à l’action. « Quand un dossier fait 3 400 pages et qu’on nous parle de 2030, c’est beaucoup trop tard », lâche-t-il, invitant les sceptiques à vivre les embouteillages quotidiens du sillon nord-sud. Même exaspération sur le ferroviaire. La réouverture de la ligne Sarrebruck–Forbach–Thionville, annoncée pour 2029 ou 2030, est jugée inacceptable. « Des études, c’est bien. Des réalisations, c’est mieux », répète-t-il, estimant que les projections de fréquentation sont largement sous-évaluées. À l’inverse, le Département entend agir là où il en a la compétence. La VR 52 en est l’exemple concret, avec 30 millions d’euros mobilisés, un comité de pilotage en place et une volonté affirmée d’accélérer les procédures. Pour Patrick Weiten, la mobilité conditionne tout : l’emploi, le logement, l’attractivité et la sécurité.
Piscines : le service public face à l’absurdité normative
Le dossier des piscines illustre, selon Patrick Weiten, le fossé croissant entre normes nationales et réalités locales. Rénover ou construire une piscine est devenu, pour de nombreuses collectivités, financièrement et administrativement inaccessible. Face à cette situation, le président plaide pour un grand plan national, à l’image des piscines Tournesol des années 1970. Faute de soutien de l’État, le Département a innové avec une piscine mobile, permettant à 500 jeunes d’apprendre à nager. « 500 enfants qui n’auront pas le risque de se noyer », insiste-t-il. Le projet n’a bénéficié d’aucune subvention nationale, jugé incompatible avec certains critères environnementaux. « On stocke l’eau, on la réutilise. Voilà contre quoi je me cogne », résume-t-il, dénonçant une technocratie déconnectée du terrain.
Agriculture, circuits courts et identité mosellane
Enfin, Patrick Weiten revendique des réussites locales souvent passées sous silence. Le label Qualité Moselle compte aujourd’hui 800 produits labellisés, représentant jusqu’à 20 % du chiffre d’affaires pour les artisans. La viticulture mosellane, inexistante en AOC en 2011, rassemble désormais une vingtaine de producteurs, même si 600 hectaresmanquent encore pour répondre à la demande. Dans les collèges, les circuits courts progressent, avec 500 000 baguettes locales intégrées aux repas scolaires. Pour le président, ces politiques traduisent une conviction : la souveraineté alimentaire et l’attractivité territoriale passent par la valorisation des savoir-faire locaux et la proximité. Malgré la dureté des constats, Patrick Weiten refuse toute posture pessimiste. « Ce n’est pas un discours négatif, c’est un discours offensif » (…) « Notre responsabilité, ce n’est pas de subir. C’est de préparer. », affirme-t-il. Pour lui, le Département reste un rempart essentiel face aux crises sociales, démographiques et économiques, à condition de ne pas renoncer à l’anticipation.
Hydrogène blanc : « C’est chez nous, sous nos pieds, et ça ne semble pas passionner grand monde »
Sur le dossier de l’hydrogène blanc, Patrick Weiten quitte le registre de la prospective pour entrer dans celui de la conviction stratégique. À ses yeux, la découverte d’un gisement majeur en Moselle-Est n’est ni une curiosité scientifique ni une promesse lointaine : elle constitue un changement de paradigme industriel susceptible de redessiner l’avenir économique du territoire. « Nous parlons d’une ressource équivalente à trois ou quatre fois la consommation américaine », affirme-t-il, rappelant que les forages en cours ont déjà atteint 2 800 mètres de profondeur, avec une concentration d’hydrogène qui ne cesse d’augmenter. L’objectif visé, autour de 78 %, placerait la Moselle au cœur d’une ressource énergétique rare, naturelle et décarbonée. Le président insiste sur la singularité du procédé. Contrairement aux hydrocarbures classiques, l’hydrogène blanc ne nécessite ni fracturation ni exploitation invasive. « Ils traversent les couches, ils installent un tubage, et ils remontent », décrit-il, balayant les amalgames avec le gaz de schiste. Pour lui, l’enjeu n’est pas seulement environnemental, mais géopolitique et industriel. Cette ressource, explique-t-il, pourrait bouleverser des filières entières, notamment la sidérurgie et les industries lourdes. « La production d’acier à l’hydrogène va changer complètement la donne », affirme Patrick Weiten, soulignant que l’exploitation pourra se faire au plus près des sites industriels, y compris de l’autre côté de la frontière allemande. Une logique transfrontalière qu’il assume pleinement, évoquant des échanges avancés avec la Sarre. Son agacement est toutefois palpable face au relatif désintérêt national. « C’est chez nous, sous nos pieds, et ça ne semble pas passionner grand monde », regrette-t-il, pointant un paradoxe français : une capacité d’innovation reconnue, mais une difficulté chronique à passer à l’échelle. Pour Patrick Weiten, l’hydrogène blanc n’est pas un pari : c’est une responsabilité collective, à condition que l’État et les grandes institutions accompagnent enfin les territoires pionniers.
Tennis : « Deux 125 ne feront jamais un 250 »

Sur le tennis, le propos de Patrick Weiten se fait plus personnel mais aussi plus politique. La disparition du Moselle Open ATP 250, remplacé par un tournoi de catégorie 125, reste pour lui un marqueur de déclassement territorial, bien au-delà de la seule dimension sportive. « Le vrai déclassement, ce n’est pas aujourd’hui. Le déclassement, c’est la perte du 250 », tranche-t-il. Pendant plus de quinze ans, ce tournoi avait positionné la Moselle sur la carte du tennis mondial, attirant joueurs de premier plan, partenaires économiques et retombées médiatiques durables. « Ce n’était pas le Metz Open, c’était le Moselle Open », rappelle-t-il, revendiquant un projet pensé à l’échelle départementale. Patrick Weiten refuse pourtant toute lecture simpliste ou polémique. Il ne met ni en cause les joueurs, ni les organisateurs historiques. Au contraire, il souligne le rôle déterminant de figures comme Jo-Wilfried Tsonga dans la réussite du tournoi. « Ils ont amené ce tournoi là où il est allé », reconnaît-il, rappelant aussi les contraintes financières croissantes liées à l’absence d’équipements adaptés. C’est précisément là que se situe, selon lui, la rupture. « On n’a pas voulu se donner les moyens d’avoir un équipement à la hauteur », regrette-t-il, évoquant des occasions manquées, notamment autour de la Galaxie. Dès lors, la rétrogradation sportive devient le symptôme d’un renoncement collectif. S’il assume pleinement son soutien au tournoi ATP 125 de Thionville, Patrick Weiten refuse de cautionner l’idée qu’un double 125 puisse compenser la perte du 250. « Deux 125 ne feront jamais un 250 », assène-t-il. Une formule qui résume une pensée : l’ambition sportive participe de l’attractivité d’un territoire, au même titre que les infrastructures, la culture ou l’économie.







