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Accueil Sports

Jean-Noël Pierre : « Entre rigueur et liberté »

Philippe Grégoire Par Philippe Grégoire
10 janvier 2026
in Sports
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Jean-Noël Pierre, réalisateur de sport, chez lui à Metz, entre réflexion intellectuelle, écriture et création artistique

Jean-Noël Pierre dans son espace de travail, là où se nourrissent réflexion, transmission et création. ©DR /Renaud Holtzinger

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Metz–Györ, en Ligue des Champions de handball féminin, à la télé ce soir, ce seront ses images ! Né à l’île Maurice, formé à Nancy puis à Metz, le Mosellan Jean-Noël Pierre est réalisateur de directs sportifs sur les événements sportifs (Jeux Olympiques, Roland Garros, Champions League de Hand,  Football…). Derrière la rigueur technique, ce professionnel de la captation revendique une vision sensible du sport, nourrie par la philosophie, la création artistique et le goût de la transmission. Dans cet entretien, il revient sur son parcours singulier et livre sa conception d’un métier où l’équilibre entre rigueur et liberté demeure la clé de l’émotion partagée.

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Pour commencer, pouvez-vous évoquer votre parcours, de l’enfance à l’île Maurice jusqu’à votre arrivée en France ?

Je suis né et j’ai grandi à Maurice. J’y ai effectué toute ma scolarité, jusqu’à l’âge de 18 ans. J’ai obtenu un diplôme international équivalent au bac français, le Higher School Certificate- Advanced level, dans le cadre du partenariat du système éducatif local avec l’Université de Cambridge. J’ai donc suivi un cursus anglophone, dans un pays anglophone, mais très tôt, j’ai été attiré par la langue et la culture françaises, qui sont très présentes sur l’île, que ce soit à travers la presse, les patronymes ou les noms de villes. Saint-Hubert, Souillac, Saint-Pierre, Verdun,… sont des villages mauriciens ! L’histoire est encore très visible. Et moi, j’ai toujours aimé la langue française, la culture française, et plus largement la francophonie ( son œil s’illumine ! ). Après le bac, j’ai suivi une formation en journalisme à l’Alliance française de Maurice. C’était un choix très fort, presque évident. J’y tenais énormément. J’y ai obtenu un premier diplôme en journalisme, avec mention.

Ce choix de la langue et de la culture françaises a donc été déterminant dès le départ ?

Oui, complètement. Et c’est dans cette continuité que j’ai souhaité venir en France pour poursuivre mes études en communication, avec l’idée de continuer dans le journalisme. Mon premier choix a été Nancy, pour la formation elle-même. J’ai passé une épreuve linguistique – puisque j’avais un parcours anglophone – que j’ai réussie, et j’ai commencé un cursus en culture et communication. Ensuite, j’ai fait ma licence, ma maîtrise puis un DEA Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université de Metz. J’ai même entamé un doctorat en information-communication à l’Institut européen du cinéma et de l’audiovisuel sur le cinéaste polonais Krzysztof Kieślowski, et plus précisément sur le Décalogue. La question centrale était : y a-t-il du religieux dans ces films ? Et comment passe-t-on d’une morale dogmatique à une éthique personnelle ? La première partie de mon travail était théologique, mythologique, idéologique. Ensuite, je m’interrogeais sur une possible relecture néo-testamentaire d’une base hébraïque, dans un contexte polonais très particulier. J’ai beaucoup écrit, mais je n’ai finalement pas soutenu, car j’ai été à cette période happé par mes débuts professionnels. Avec ce Doctorat, j’étais sur la voie l’enseignement. J’ai fait le choix de mon métier. Je m’étais dit que je la terminerais plus tard, mais aujourd’hui, je sais que je ne la terminerai pas. Je me nourris autrement, par d’autres voies.

Qu’est-ce qui vous a poussé à rejoindre notre région, pourtant peu réputée pour la douceur de son climat ?

C’était un choix symbolique, pas seulement lié à mes études. L’île Maurice est une île bordée de récifs coralliens. Depuis l’enfance, ces récifs représentaient pour moi une forme de prison. J’avais besoin de voir ce qu’il y avait au-delà. J’aime profondément mon île, mais elle n’est pas qu’un Paradis. Et moi, je suis très curieux, je n’aime pas être enfermé dans des cases. J’ai toujours eu ce besoin de briser des chaînes et de construire des ponts, plutôt que des murs. Beaucoup de Mauriciens vont naturellement vers le sud de la France. Moi, je voulais rencontrer le peuple français, la France du quotidien. À l’époque, il n’y avait pas Internet. Je connaissais la France par la télévision, par la Réunion, par RFO, mais aussi par la culture : Piaf, Brel, Pagnol, Molière (son œil s’illumine à nouveau). La littérature française me permettait de voyager. Et au fond, ce que j’aime le plus, c’est le voyage – intellectuel, humain, artistique.

Cette idée du voyage irrigue-t-elle encore aujourd’hui votre parcours professionnel ?

Oui, mais le voyage n’est rien sans l’ancrage. Je suis un fervent défenseur de la conciliation des opposés. C’est ce qui permet l’équilibre. Parmi mes grandes influences, il y a Edgar Morin, avec sa dialectique des contraires, et Carl Gustav Jung. Cette idée que l’on ne peut pas être uniquement dans l’inconscient, ni uniquement dans le rationnel. Il faut tenir les deux. Cela m’a beaucoup guidé dans mon parcours professionnel.

Comment cette réflexion intellectuelle s’est-elle concrètement traduite dans votre entrée à la télévision ?

Pendant mon DEA, j’ai commencé mes premières piges à Vosges Télévision comme journaliste reporter d’images et rédacteur, pour financer mes études. J’ai vite compris que l’écriture seule me frustrait. Mes papiers étaient corrects, mais je manquais de création. Et c’est là que j’ai découvert la régie, la fabrication de l’image. Cette dimension m’a immédiatement parlé. J’ai compris qu’il existait une porte entre le cadre très structuré – le conducteur, la charte, le running order – et un espace de liberté, d’improvisation. Et c’est exactement ce qui me correspond.

Comment définiriez-vous aujourd’hui votre métier de réalisateur ?

Je le compare souvent à celui d’un chef cuisinier ou d’un chef d’orchestre. Mon père était chef pâtissier, donc cette image me parle beaucoup. Il y a un capitaine, oui, mais sans ego. Les directives doivent être claires, respectées, presque militaires dans leur précision. Mais une fois l’antenne rendue, il n’y a plus de hiérarchie figée. C’est une équipe. Dans un orchestre, il y a le premier violon, les cuivres, les percussions. Tout est question de dosage, d’équilibre. Dans mon travail, c’est pareil. L’esthétique se situe entre le classique et le jazz. Il y a une partition écrite – la charte – et une part d’improvisation, en fonction de ce que le match raconte.

Parlons argent ! En quoi ce métier reste-t-il dépendant de l’économie des droits télévisés, sujet qui fait beaucoup parler aujourd’hui dans le sport ?

Nous sommes en bas du robinet. Quand le robinet se ferme, plus rien ne coule. Je suis heureux que le football dispose de moyens importants. En revanche, j’aimerais que l’omnisport soit davantage valorisé. Le hand féminin, le volley, le basket mériteraient plus de visibilité et plus de moyens sur leurs grands rendez-vous. Le flux permet de montrer beaucoup de matchs, avec peu de moyens. C’est positif. Mais il faut aussi savoir mettre davantage de moyens sur les affiches majeures pour raconter pleinement ces sports.

La transmission occupe une place vraiment centrale dans votre discours…

C’est fondamental. Dans certains métiers, on gardait le savoir pour soi, par peur d’être remplacé. Je pense l’inverse. Si l’on est assuré, même moralement, de sa place, on peut transmettre. Et ceux qui viendront après seront meilleurs que nous, parce qu’ils ajouteront leur propre sensibilité. Il y a pour moi un triptyque essentiel : captation, création, transmission. L’un nourrit l’autre.

En quoi votre parcours artistique a-t-il façonné votre regard professionnel ?

Pendant ma première année de thèse, j’ai suivi, une formation chant-danse-théâtre, pour un opéra rock monté en Lorraine. J’y ai travaillé avec des artistes internationaux, dont Roger Ferber, l’un des derniers élèves de Judy Garland. La danse m’a appris la mise en espace, le rythme dans le corps. Cela a changé ma manière de penser l’image, le montage, la pulsation d’un match. Tout est rythme. La parole, le jeu, le son. Il y a le rythme du match et le rythme de ce que l’on en donne à voir. Le réalisateur est là pour faire dialoguer ces deux rythmes.

Qu’est-ce qui fait un bon réalisateur de sport aujourd’hui ?

La compréhension éditoriale et dramaturgique. Le sport est un récit. Il convoque des archétypes anciens : le duel, le combat, la quête. Il faut aussi comprendre intimement chaque sport : le mental au tennis, la tactique au hand, le rôle du banc, le langage corporel. Et ne jamais oublier le son, qui fait vibrer le corps avant même l’intellect. Enfin, c’est un travail d’équipe. Il n’y a pas de petite main. Sans chaque poste, rien n’est possible. J’ai un respect absolu pour toutes celles et ceux qui participent à la fabrication de l’image.

Pour conclure, quel fil rouge continue de guider votre trajectoire aujourd’hui ?

L’apprentissage permanent. Comprendre, transmettre, créer, recommencer. Et toujours chercher l’équilibre.

En bref…

Jean-Noël Pierre en régie télévision, réalisateur de directs sportifs internationaux, entre rigueur technique et narration du sport
Jean-Noël Pierre en régie lors d’un direct sportif, au cœur de la fabrication de l’image télévisée. ©DR

Captation – création – transmission

Jean-Noël Pierre n’est pas qu’un capteur d’image. Il écrit et réalise également des films. Son dernier long métrage Absolutely must go (2021), retrace l’histoire d’un peuple oublié, d’un peuple effacé de la carte du monde et a reçu de nombreuses distinctions internationales. A retrouver sur Youtube.  

Metz handball / Györ à la télé : c’est lui !

Jean-Noël Pierre est réalisateur pour les grands groupes de médias. Il lui arrive aussi, pour certains matchs de sport collectif, de produire le signal international. C’est ce qui sera d’ailleurs aux manettes ce soir aux Arènes pour le choc des Dragonnes contre Györ. « Je fabrique les images, les chaînes les reprennent puis ajoutent leurs commentaires et leur habillage graphique. C’est une responsabilité particulière : il faut penser pour tous, tout en restant neutre et rigoureux ».

De l’Ile Maurice à la Moselle

« Mon épouse est lorraine, on s’est connus à la fac. Nous nous sommes installés il y a quelque temps déjà dans le Saulnois et cela nous convient très bien à tous les deux, ainsi qu’à notre enfant. Les gens au premier abord sont plutôt froids mais quand ils ouvrent leurs bras, il y a peu de faux-semblants et j’aime particulièrement ça. De plus, les voies de communication me permettent d’exercer mon métier sans souci. C’est un choix de vie concerté. J’adore mon territoire d’adoption »

Tags: captation sportivecréation artistiqueGyörHandball fémininJean-Noël PierreMetzMoselleproduction audiovisuelleréalisateur sportifréalisation TVsport à la télévisionTélévisiontransmission
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Philippe Grégoire

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