Adoptée définitivement le 8 décembre 2025, la loi portant création d’un statut de l’élu local entend répondre à une crise profonde de l’engagement politique de proximité. Revalorisation des indemnités, amélioration des conditions d’exercice, protection renforcée et accompagnement de l’après-mandat : un ensemble de mesures pensé pour rendre le mandat local plus attractif, plus vivable et plus sécurisé.
Une réforme née d’un constat alarmant
Depuis les élections municipales de juin 2020, les signaux d’alerte se sont multipliés. En cinq ans, 2 400 maires ont démissionné et 57 000 sièges de conseillers municipaux sont restés vacants. Derrière ces chiffres, une réalité bien connue des territoires : une charge de travail croissante, des responsabilités élargies, une exposition accrue aux tensions et, trop souvent, un sentiment d’isolement.
C’est dans ce contexte que le Parlement a adopté la loi portant création d’un statut de l’élu local, un texte attendu de longue date par les associations d’élus. L’ambition affichée est claire : enrayer la crise des vocations et redonner du sens à l’engagement de proximité, socle de la démocratie française.
Un cadre juridique unifié pour mieux exercer le mandat
Jusqu’ici, les droits et obligations des élus locaux étaient dispersés dans une multitude de textes. La nouvelle loi crée un cadre juridique unifié, applicable aux maires, adjoints, conseillers municipaux, départementaux et régionaux, mais aussi aux élus intercommunaux.
Cette clarification n’est pas qu’un toilettage juridique. Elle vise à rendre le mandat plus lisible, notamment pour celles et ceux qui hésitent à se présenter. En structurant les règles, le législateur entend lever un premier frein à l’engagement : la complexité administrative et statutaire.
Reconnaître l’engagement à sa juste valeur
L’un des axes majeurs de la réforme concerne la revalorisation des indemnités de fonction, en particulier pour les communes de moins de 20 000 habitants. Là où l’écart entre responsabilités assumées et rémunération était le plus marqué, les plafonds indemnitaires sont relevés de manière différenciée selon la taille de la commune.
Concrètement, les indemnités maximales des maires augmentent de 4 à 10 %, selon la strate démographique. Pour un maire d’une commune de 1 000 à 3 499 habitants, l’indemnité mensuelle brute maximale passe ainsi d’environ 2 121 euros à 2 290 euros. Le coût global de la mesure est estimé entre 50 et 55 millions d’euros par an à l’échelle nationale.
Il ne s’agit pas de professionnaliser le mandat, mais de corriger un déséquilibre ancien, afin que l’engagement local ne se fasse plus systématiquement au détriment de la situation personnelle ou familiale.
Mieux concilier mandat, travail et vie personnelle
Autre levier central : la conciliation entre vie professionnelle et mandat électif. La loi double la durée du congé électif, qui passe de 10 à 20 jours pour les salariés candidats à l’ensemble des élections locales. Les autorisations d’absence sont facilitées et le congé de formation est porté à 24 jours par mandat.
La réforme innove également avec la création d’un label “Employeur partenaire de la démocratie locale”, destiné à valoriser les entreprises qui soutiennent l’engagement de leurs salariés élus. Les étudiants et les personnes en situation de handicap bénéficient, eux aussi, de dispositifs spécifiques : aménagements de scolarité, prise en charge de frais de déplacement, d’accompagnement ou d’adaptation du poste de travail.
Sur le plan de la vie privée, la loi élargit le recours à la visioconférence, améliore la prise en charge des frais de garde d’enfants ou d’assistance aux proches dépendants et assouplit les conditions d’exercice du mandat en cas de congé maladie ou de maternité.
Sécuriser les élus et préparer l’après-mandat
Face à la montée des violences verbales et physiques, la loi renforce la protection fonctionnelle, désormais accordée automatiquement à l’ensemble des élus locaux victimes de menaces, d’outrages ou d’agressions.
Enfin, le texte s’attaque à un angle mort longtemps ignoré : la sortie du mandat. L’allocation différentielle de fin de mandat est élargie et portée à deux ans. Un contrat de sécurisation de l’engagement est créé pour accompagner le retour à l’emploi, tandis qu’un certificat de compétences professionnelles permet de valoriser les savoir-faire acquis durant l’exercice du mandat. Le régime de retraite est également amélioré, avec l’octroi d’un trimestre supplémentaire par mandat complet.
Un signal politique adressé aux territoires
En adoptant ce nouveau statut, le législateur envoie un message clair : l’engagement local n’est ni accessoire ni anodin. Comme l’a résumé la ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, Françoise Gatel, « chaque citoyen doit pouvoir se dire : moi aussi, je peux être élu local ».
Reste désormais à mesurer, dans les communes et intercommunalités, l’impact réel de ces mesures. Si le cadre est posé, c’est bien sur le terrain que se jouera la capacité de cette réforme à redonner envie de s’engager, à l’approche des prochaines échéances électorales.







