Né à Hayange en 1931, Charly Oleg a transformé l’héritage ouvrier et musical de son enfance en une carrière populaire qui l’a mené des cabarets de l’Est aux plateaux de TF1. Le pianiste exubérant, figure culte de l’émission Tournez manège !, s’est éteint le 8 septembre au Blanc-Mesnil, à l’âge de 94 ans.
Charles Olejniczak voit le jour le 7 août 1931 à Hayange, au cœur de la vallée de la Fensch, alors façonnée par l’acier et les hauts-fourneaux. Son père, mineur d’origine polonaise, joue du piano à ses heures perdues ; sa mère, germano-italienne, chante. Mais la famille est pauvre. « Je suis parti très jeune de la maison », confiait-il au Républicain Lorrain en 2015. À 14 ans, il obtient une émancipation officielle et monte à Metz pour intégrer le conservatoire.
Il y travaille avec acharnement, passant « plus de sept heures par jour accroché au clavier », selon ses propres mots dans Clin d’œil. Doué d’une oreille absolue, il décroche à 16 ans et demi un premier prix d’excellence en improvisant sur la Sonate en si mineur de Franz Liszt. Mais l’argent manque. Pour survivre, il joue le soir dans les bals populaires et les cabarets de Moselle, au cœur de ce qu’il appelle « l’âge d’or du bal musette ».
La route des cabarets, de Metz à Paris
Très vite, sa réputation dépasse les frontières régionales. Le jeune pianiste quitte Nilvange pour Paris au début des années 1950. « En fait, mes premiers pas à Paris, je les ai faits à l’occasion de championnats de ping-pong », se souvenait-il avec humour (Républicain Lorrain). Mobilisé, il intègre la musique militaire et se lie avec d »autres musiciens. Le soir, il écume les cabarets et gagne ses galons dans les dancings parisiens, notamment au Macumba, où il est embauché à 22 ans.
C’est là qu’il croise la route d’Henri Génès et surtout de Joséphine Baker, qu’il accompagne parfois au pied levé. « J’ai dû remplacer son pianiste malade. Elle m’a appris l’essentiel : savoir s’effacer devant le chanteur. La star, ce n’est pas le pianiste », confiait-il en 2015.
L’homme de télévision
En 1965, un coup de téléphone change son destin. Un responsable de l’émission Télé Dimanche l’appelle en urgence pour remplacer un pianiste défaillant. Il accepte, séduit le public et se voit offrir un contrat à durée indéterminée. Il accompagne les débuts de Georgette Lemaire, Mireille Mathieu ou Thierry Le Luron. Dans les années 1970, il est de l’aventure Bienvenue de Guy Béart, où il joue même avec Duke Ellington.
Mais sa célébrité éclate au grand jour en 1985. TF1 lance Tournez manège !, une émission de rencontres diffusée à la mi-journée. Evelyne Leclercq, Fabienne Égal et Simone Garnier en sont les visages. Lui, derrière son orgue Hammond, devient l’âme sonore du programme.
« Formidable ! », sa marque de fabrique
Costume élégant, sourire généreux, moustache soigneusement taillée : Charly Oleg électrise le plateau. Ses envolées musicales accompagnent les séquences où les célibataires tentent de deviner des airs connus. Chaque bonne réponse déclenche son cri tonitruant : « Ouaaaais ! Formidable ! ». L’interjection devient une signature. « Ce sont les gens qui m’ont fait remarquer que je disais toujours ça », expliquait-il à Sud Info en 2009.
Avec un budget réduit mais une audience de près de 12 %, Tournez manège ! s’impose comme l’un des programmes les plus rentables de TF1. Prévu pour trois mois, il dure jusqu’en 1993. L’émission entre dans la culture populaire au point d’être parodiée par Les Inconnus dans Tournez ménages (1990).
L’homme libre derrière l’écran
Après l’arrêt de l’émission, Charly Oleg ne cherche pas à prolonger son image cathodique. « Tournez manège ! ça s’est arrêté il y a 20 ans. Mais partout où je vais, on m’aborde en me disant : “Eh Charly, formidable hein !” », disait-il au Républicain Lorrain. Loin des plateaux, il multiplie les animations : galas étudiants, soirées en maisons de retraite, croisières, tournées en Sicile. Il enregistre en 2007 un album, Variations personnelles et revient une dernière fois à la télévision en 2016, dans Le Grand Blind Test de Laurence Boccolini.
Sa liberté est sa ligne de conduite. « J’ai toujours fait ce qu’il me semblait bon de faire. Accompagner un chanteur pendant des années ? Ça m’ennuie », expliquait-il. Son ami Dominique Petat confirmait : « Charly n’a jamais fait des choses qui ne lui plaisaient pas pour de l’argent. Il a “largué” Aznavour parce qu’il ne s’amusait pas » (Républicain Lorrain).
Un fils de la vallée de la Fensch
Derrière l’image du musicien exubérant reste celle d’un enfant de la vallée ouvrière, façonné par l’immigration polonaise et italienne, marqué par une vie de labeur et l’exigence du travail bien fait. « Mon père, ouvrier chez De Wendel, était fou de piano », rappelait-il en 2015. Cette double filiation, industrielle et artistique, a nourri son identité : enraciné dans le monde ouvrier, il a su devenir un entertainer populaire sans jamais renier ses origines.
Dernier accord
Charly Oleg s’est éteint le 8 septembre 2025, à 94 ans, au Blanc-Mesnil, où il vivait depuis plusieurs décennies. La ministre de la Culture Rachida Dati a salué la mémoire d’un « musicien incontournable et amuseur joyeux du paysage audiovisuel français pendant des décennies ». José Todaro, chanteur lyrique et ami proche, a écrit sur Facebook : « Notre merveilleux pianiste Charly Oleg a été rappelé par Dieu ce matin ».
Dans la mémoire collective, il reste l’homme au sourire éclatant et à l’orgue enjoué. Mais dans l’histoire de la Moselle ouvrière, il incarne aussi la trajectoire singulière d’un enfant de la vallée de la Fensch qui, grâce à son oreille absolue et à son obstination, a conquis Paris et la télévision française.







