Ce mardi 30 décembre 2025, le tribunal administratif de Strasbourg a annulé la délibération par laquelle la Ville de Metz avait accordé une subvention de 490 000 euros pour soutenir le projet de construction de la Grande Mosquée de Metz. Les juges ont estimé que « l’existence d’un intérêt public local n’était pas établie ». Le Maire de Metz, François Grosdidier, a annoncé dans la foulée qu’il ferait appel.
Une subvention votée en juillet 2024
Le 15 juillet 2024, le conseil municipal de Metz avait voté l’attribution de cette subvention au bénéfice de l’association de la Grande mosquée de Metz, afin de soutenir la construction d’un lieu de culte boulevard de la Défense. Cette aide représentait 10 % des dépenses au clos couvert, dans le cadre d’un projet estimé à 15,7 millions d’euros, financé par des dons
Ce soutien financier venait s’ajouter à un avantage en nature évalué à 300 000 euros, correspondant à la mise à disposition du terrain par la Ville dans le cadre d’un bail emphytéotique au loyer symbolique de 15 euros par an, voté en 2013 sous le mandat de l’ancien maire Dominique Gros.
Dès son adoption en juillet 2024, la délibération avait été contestée par l’Union des familles laïques (Ufal) de Metz. L’association avait saisi le tribunal administratif de Strasbourg afin d’obtenir l’annulation de la subvention, estimant qu’elle contrevenait au principe de laïcité. Elle mettait en avant la liberté totale de culte, mais « pas avec de l’argent public »
L’intérêt public local en question
Dans sa décision, le tribunal administratif a donné raison à l’Ufal. Les juges rappellent que, pour octroyer une subvention à une association cultuelle, la commune doit démontrer que celle-ci répond à un besoin local avéré. Si la Ville de Metz a fait valoir que la pratique du culte musulman s’exerçait notamment dans d’autres mosquées, à la capacité jugée insuffisante, elle « n’a toutefois pas démontré avoir procédé à une analyse des besoins ».
Le tribunal souligne également l’absence « d’éléments chiffrés » ou « d’état des lieux » permettant d’établir que les capacités existantes seraient réellement insuffisantes. Compte tenu du montant de la subvention, l’existence d’un intérêt public local n’a donc pas été retenue
François Grosdidier : « Une décision hors sol »
Dans sa réaction officielle, le maire de Metz a indiqué avoir « pris acte de la décision prononcée ce jour par le tribunal administratif de Strasbourg ». Il a toutefois contesté l’analyse des juges : « Bien entendu, nous allons faire appel de cette décision qui parait hors sol ».
François Grosdidier estime que le tribunal illustre « le glissement du jugement en légalité au jugement en opportunité ». Selon lui, le juge administratif « confirme le principe de possibilité de subventionner tous les cultes, y compris le culte musulman, en Alsace-Moselle, mais considère qu’il n’y a pas matériellement besoin d’une grande mosquée à Metz, sauf deux jours par an ».
Le maire établit un parallèle explicite : « comme si le juge refusait la construction d’une grande église parce qu’il jugerait qu’il n’y en aurait besoin qu’à Noël et à Pâques ».
Il assure que la Ville produira en appel des éléments complémentaires. « Nous apporterons en appel la preuve qu’il y en a besoin au moins chaque vendredi de l’année et chaque jour du mois de Ramadan », affirme-t-il, évoquant des conditions actuelles de pratique du culte musulman « indignes pour les pratiquants » et « insupportables pour les riverains ».
L’Ufal se félicite de la décision
De son côté, l’Union des familles laïques de Metz s’est félicitée de la décision du tribunal administratif. L’association indique qu’elle veillera à sa pleine exécution, notamment en s’assurant que « les fonds publics indûment perçus » soient restitués à la commune afin de bénéficier à l’ensemble des Messins.
Une nouvelle phase judiciaire
La Ville de Metz dispose de deux mois à compter de la notification du jugement pour interjeter appel. Dans l’intervalle, la décision du tribunal administratif reste exécutoire et la subvention annulée ne peut être versée.
Entre appel annoncé par la municipalité et vigilance revendiquée par l’Ufal, le dossier de la Grande mosquée de Metz entre désormais dans une nouvelle phase judiciaire. Au-delà du contentieux, il continue de poser la question du financement public des cultes en Alsace-Moselle, de la démonstration de l’intérêt public local et des conditions concrètes d’exercice du culte musulman à Metz.






